Jour du dévoilement de la plaque Albert Aubry

C'est le jour de la commémoration de la plaque Albert Aubry à l'école du Tronchet, des anciens combattants sont venus et ont chanté.  Il y avait un vin d'honneur .

 Monsieur le Maire a lu un texte parlant d'Albert Aubry.

Il y avait beaucoup de monde...

 

Le discours de Monsieur Bernard Imbert, Maire du tronchet :

 

«                                                         Mesdames et Messieurs,

  Le conseil municipal du Tronchet a décidé de dénommer son école publique école Albert-AUBRY.  Nul autre que lui ne méritait , à l’évidence, cet honneur. D’abord parce qu’il fut, dès septembre  1912, l’un des instituteurs de l’école publique du Tronchet, où il fit ses premières armes dans le métier d’enseignant; c’était encore le temps des hussards de la république, où l’enseignement  était délivré par de farouches défenseurs du service public. Ensuite parce qu’il a fondé au Tronchet  sa famille  et qu’il y repose  dans le cimetière communal; enfin  parce que sa vie entière est un exemple de bravoure, de dévouement, d’honnêteté,  et de courage.

 Albert AUBRY est né en 1892 à Malestroit dans une famille de 14 enfants. Ses parents y tenaient échoppe de bourrelier . Il s’installa ensuite à RENNES  où son père fut ouvrier à l’ARSENAL. Il  entra à l’école normale d’instituteurs de RENNES en 1908 où il resta 3 ans. En septembre 1912, Albert Aubry reçut sa nomination d’instituteur-adjoint au Tronchet, où il s’installa. Son ami LEGUEN nous dit dans ses mémoires “ le Tronchet, avec ses forêts, ses bois, ses étangs, fut  pour Albert AUBRY un site merveilleux, où il reçut un accueil sympathique de ses collègues et de la population. Grâce à sa serviabilité naturelle et à son allure familière, grâce à son travail intelligent dans sa classe, il sut conquérir l’affection de ses bambins qui, devenus hommes, la lui ont conservé toujours.”  Sensible au malheur d’autrui, compréhensif devant les peines, les misères, les ennuis de son prochain, serviable et bon, modeste, profondément épris de justice et de liberté, indéfectiblement attaché à l’école publique,  courageux devant l’adversité,   mais doué d’une volonté à toute épreuve, telles étaient les qualités de ce jeune instituteur-adjoint. Ce tempérament de lutteur, constamment au service du peuple, se manifesta tout au long  de sa vie,  tout au long d’une  magnifique carrière syndicale, militaire et politique.

 Son engagement syndical fut une constante dans toute sa vie, méritoire à une époque où le syndicalisme dans la fonction publique était combattu par l’Administration. Né dans une famille ouvrière, avec un père militant syndical, Albert AUBRY  eu très tôt conscience qu’il aurait à défendre les intérêts des plus démunis. Il fut l’un des premiers adhérents en 1912  à la première section syndicale  des instituteurs et institutrices d’Ille et Vilaine, adhérente à la CGT, où il milita pendant des années. Il fut d’ailleurs secrétaire du syndicat départemental, et eu à subir de ce fait de nombreuses tracasseries de la part de l’administration de l’époque, qui ne voyait pas d’un bon oeil l’introduction du syndicalisme dans la fonction publique.

 Sa carrière militaire fut, à l’instar des hommes de sa génération, remarquable. Il fut incorporé comme tous ceux de son âge en 1913 au 47° RI de Saint-Malo. Pendant la grande guerre, parti comme 2° classe, il connut plusieurs régiments et finit comme officier, lieutenant de chars d’assaut, pourvu de citations remarquables, témoignage d’une conduite héroïque au combat  mais aussi d’une grave blessure à l’oeil  droit. Une balle explosive l’atteignit au visage à quelques jours de l’armistice alors qu’il observait l’ennemi par une meurtrière de son char.  Il fut  fait Chevalier de la légion d’honneur en mars 1919.

 Sa carrière politique fut le prolongement de son engagement syndical. Député  socialiste d’Ille et Vilaine  de 1919 à 1924, il fut le plus jeune député de la “chambre bleu horizon”, puis il fut conseiller municipal de RENNES. Parallèlement, sa carrière professionnelle l’amena comme instituteur à  Thorigné sur Vilaine, puis il partit comme Inspecteur de l’enseignement en Indochine  pendant 6 ans. Il revint Instituteur à RENNES. Puis il obtint, au titre de sa qualité d’officier mutilé, un poste de percepteur (Montfort le Rotrou ) près du Mans puis à NOIRMOUTIER, enfin à CLISSON. Pendant toutes ces années, il accomplit une action inlassable en faveur des défavorisés, aussi bien en Ille-et-Vilaine qu’en Indochine, ou encore à Noirmoutier.

 Son action clandestine, pendant la seconde guerre Mondiale, consistait  en l’installation de postes émetteurs, en la destruction de câbles, au repérage des fortifications du mur de l’Atlantique et des unités ennemies. C’est à CLISSON qu’il fut arrêté par la  Gestapo et déporté au camp de concentration de NEUENGAMME où il passa 16 mois dans des conditions terribles.  Il ne pesait plus que 36 kg à son retour du camp.

 Après 1945, il reprit une activité politique. Il siégea à l’assemblée nationale constituante, réélu député d’Ille et Vilaine. Il le resta jusqu’à sa mort. ¨Président de la commission comptabilité de l’assemblée nationale, rapporteur du budget des anciens combattants et victimes de guerre, il défendit inlassablement les victimes de guerre. Son action de parlementaire à leur service, monsieur Edouard HERRIOT, président de L’Assemblée Nationale, la décrivait ainsi “ses camarades lui doivent une longue reconnaissance parce qu’il les a soutenu, non pas en de banales déclarations rarement suivie d’effet mais patiemment, constamment, avec une ténacité toute bretonne”. Il fut notamment  à l’origine du décret accordant aux aveugles de la résistance un statut particulier parmi les anciens combattants.

 Président de l’association des déportés de Neungamme, il  alla exprimer à travers le pays  la pensée de ses compagnons de misère et prêcher la paix définitive.

 Il s’éteignit le 11 août 1951, usé par ses blessures de 14-18, par ses privations de 40-45, par son activité débordante.

 Je conclurais mes propos  en relisant un texte paru dans la presse de 1951.

 Le 17 août 1951,  le Pays Malouin, journal qui ne partageait pas les idées d’Albert AUBRY,  lui rendait ainsi hommage : “ Albert AUBRY, député d’Ille et Vilaine, est décédé samedi matin 11 août à l’hôpital militaire du Val de Grace, à PARIS où il était en traitement depuis plusieurs semaines. Sa mort met fin à de longues et cruelles souffrances dont l’origine remonte à la guerre 14-18 au cours de laquelle le vaillant officier qu’il était fut grièvement blessé. Il en était resté gravement mutilé et physiquement diminué. Ceci ne l’empêcha pas de participer à la résistance et non plus hélas d’être déporté à Neuengamme où  sa santé  fut soumise à l’horrible épreuve que l’on sait.  Elu député d’Ille et Vilaine en 1945, il fit face depuis lors aux lourdes charges d’un mandat auquel il se consacrait entièrement malgré ses  souffrances. C’est à ce brave, à ce patriote, à ce militant sincère que le pays malouin rend hommage.  Nos amis l’ont souvent trouvé sur leur chemin. Ses idées n’étaient pas les nôtres. Il s’opposaient à celles que nous défendions, mais toujours sans équivoque et loyalement. Sur sa tombe nous tenons à nous incliner respectueusement”.   

 Il n’y a pas plus bel hommage rendu que celui décerné par ses adversaires.

 Albert AUBRY fut un homme qui, à 50 ans de distance,  impose toujours le respect, par l’exemplarité de son existence dans une période historique qui a connu des évènements terrifiants.

Grand soldat, grand patriote, grand parlementaire, homme de coeur  partagé entre deux passions, celle de son prochain et celle de la patrie, il peut et doit  être  un exemple pour les jeunes générations, exemple d’honnêteté, de dignité, de rigueur morale. C’est grâce à des hommes comme lui  que nous vivons dans la paix  et la tranquillité aujourd’hui.

 Celui dont une rue de RENNES porte le nom, celui qui a donné son nom à un foyer, celui qui fut inhumé en 1951  dans notre cimetière  communal en présence de centaines de personnes parmi lesquelles figurait le ministre des anciens combattants, celui pour lequel les mots “liberté, égalité, fraternité” étaient particulièrement chers, nul mieux que lui ne méritait de voir son nom donné à l’école publique dans laquelle il commença, à 20 ans, sa carrière d’instituteur.

 “Il est si rare de rencontrer sur les chemins du devoir des hommes de cette trempe, qu’il serait dommage pour l’humanité qu’on laissât une flamme aussi pure s’éteindre et sombrer dans l’oubli”,

concluait  l’Inspecteur Général Benedetti  lors de l’inauguration de la rue Albert  AUBRY  à RENNES, le 11 novembre 1953 . Il n’est pas de meilleure  conclusion  pour honorer cet homme qui fut un homme brave mais aussi un brave homme.  »

 

 

 

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