Les descriptions de la lande du Dartmoor

Introduction

Evocation de la légende

Voyage dans le Dartmoor

Atmosphère de la Lande

Les habitants de la Lande

Dénouement de l'histoire

Conclusion


Introduction

La Lande du Dartmoor, située dans le Devon au Sud-Ouest de l’Angleterre a été utilisée comme principal lieu d’action du roman « Le chien des Baskerville », écrit par Conan Doyle. Ce paysage a inspiré à l’auteur cette légende qui est à l’origine de la tragédie de la famille des Baskerville. C’est la présence du chien et du bagnard, cachés dans les profondeurs de la Lande, dans le bourbier de Grimpen, ou les anciennes huttes des hommes préhistoriques, qui donne toute son importance au décor. Nous avons pu observer que la lande avait deux visages dans le roman : elle est présentée de façon objective, comme étant le cadre pittoresque de l’aventure, mais elle prend également une fonction symbolique, celle du Mal et du Malheur.

 

Evocation de la légende :

Au début de l’histoire, lors de l’évocation de la légende, quand le docteur Mortimer se rend pour la première fois au cabinet de Sherlock Holmes à Londres, la Lande est décrite de façon lugubre et effrayante, puisqu’elle est le cadre de la légende et celle de l’infâmie commise par Hugo de Baskerville : « A cette Providence je vous recommande donc, mes enfants, et je vous conseille par surcroît de ne pas vous aventurer dans la lande pendant ces heures d'obscurité où s'exaltent les Puissances du Mal. » [chapitre 2, p. 20]

Cet avertissement n’affecte en rien le détective ni son assistant Watson car ils ne croient pas à la légende comme le montre la répartie de Sherlock Holmes, répondant à la question de Mortimer :

« - Ne trouvez-vous pas cela intéressant ?

- Pour un amateur de contes de fées, oui. »

En fait, s’ils réagissent ainsi, c’est parce qu’ils ne connaissent pas encore ce paysage froid suscitant la terreur. De plus, l’avertissement qui sera envoyé à Sir Henry de Baskerville dès le chapitre 4, semble indiquer que le surnaturel n’existe plus et qu’il a fait place au réel : « Il déposa une enveloppe sur la table ; nous nous penchâmes dessus. C'était une enveloppe ordinaire, grisâtre. L'adresse Sir Henry Baskerville, Northumberland Hôtel était écrite en lettres grossières. Le tampon de la poste indiquait Charing-Cross, et la date celle de la veille au soir.

…/… De l'enveloppe, il tira une demi-feuille de papier ministre pliée en quatre. Il l'étala sur la table. En son milieu, une seule phrase, constituée par des mots imprimés collés sur le papier. Cette phrase était la suivante : « Si vous tenez à votre vie et à votre raison, éloignez-vous de la lande. » Le mot « lande » était écrit à l'encre.

- Maintenant, questionna sir Henry Baskerville, peut-être me direz-vous, monsieur Holmes, ce que signifie cela, et qui s'intéresse tant à mes affaires ?

-Qu'en pensez-vous, docteur Mortimer? Vous conviendrez qu'il n'y a rien de surnaturel là-dedans, n'est-ce pas ?

Non, monsieur. Mais cette lettre pourrait fort bien provenir d'une personne pensant que l'affaire sort du cadre naturel des choses. » [Chapitre 4 page 37].

 

Voyage dans le Dartmoor :

Quand Watson, Henry Baskerville et Mortimer arrivent pour la première fois dans le Dartmoor, ce dernier tente de détendre l’atmosphère en leur faisant voir le beau côté de la lande. Sir Henry de Baskerville se montre impatient de découvrir la terre de ses ancêtres et se montre fasciné par les premiers paysages qui s’offrent à ses yeux de la vitre du train : 

« Tout est aussi neuf pour moi que pour le Dr Watson, et j'attends avec impatience de voir la lande.

- C'est vrai? fit le docteur Mortimer. Alors votre désir va être promptement exaucé, car voici les premiers contreforts de la lande. »

« Au-delà des quadrilatères verts des champs et de la basse courbure d'une forêt, se dressait à distance une colline grise, mélancolique, dont le sommet était étrangement déchiqueté ; vu de si loin, sa forme se dessinait mal ; elle ressemblait au décor fantastique d'un rêve. Baskerville demeura assis sans mot dire, le regard immobilisé sur cette colline, et je devinais à son expression tout ce que représentait pour lui cette première vision d'un endroit sauvage sur lequel les hommes de son sang avaient longtemps régné et laissé des traces profondes. » [chapitre 6 page63]

 

Atmosphère de la Lande :

Malgré tout, Sir Henry de Baskerville est sensible à l’atmosphère mélancolique qui baigne l’endroit, impression tout de suite ressentie par Watson : « A ses yeux tout paraissait splendide, mais, pour moi, une nuance de tristesse planait sur tout ce paysage qui portait si nettement l’empreinte de l’année finissant » [Chapitre 6 page 64]. De plus, au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du manoir, l’angoisse devient oppressante comme le souligne la description qui insiste sur le côté sauvage, rude et austère du paysage : « Nous avions quitté les plaines fertiles ; elles étaient maintenant derrière et au-dessous de nous. Nous leur adressâmes un dernier regard : les rayons obliques du soleil bas tissaient des fils d'or et de pourpre sur le sol rouge et sur les bois touffus. Notre route à présent surplombait des pentes escarpées rousses et verdâtres, sur lesquelles des rocs gigantesques se tenaient en équilibre. De loin en loin nous passions devant une petite maison aux murs et au toit de pierre ; aucune plante grimpante n'en adoucissait l'aspect farouche. Une cuvette s'arrondit devant nous ; à ses flancs s'accrochaient des chênes tordus et des sapins qui avaient été courbés par la fureur des tempêtes. Deux hautes tours étroites dépassaient les arbres. Le cocher avec un geste de son fouet nous les nomma : « Baskerville Hall »

On passe de la campagne fertile à un paysage presque lunaire. Et lors de sa première nuit au manoir, Watson se rend compte que la Lande prend un côté beaucoup plus lugubre dans l’obscurité . A la fin du fin du chapitre 6, les mots : « déchirure, gémissement, froide lumière, mélancolie, mort… » donnent la tonalité de la description.

Pourtant, quand Watson découvre la Lande en plein jour, il peut voir que celle-ci peut revêtir un caractère plus hospitalier. Il suffit que « Le soleil entr[e] à flots par les hautes fenêtres à meneaux, faisant jaillir des taches de couleur aqueuse…/… Il était difficile de se rendre bien compte que c’était, effectivement, cette même pièce qui, la veille, avait jeté tant de tristesse dans nos âmes. » [Chapitre 7 page 71]. D’ailleurs, Henry Baskerville le dit lui-même, dans le même chapitre, à la page 71 : «Fatigués par notre voyage, hier nous avons vu tout en gris. A présent, tout nous semble gai ».

 

Les habitants de la Lande :

Watson part ensuite à la découverte de la lande et de ses habitants. Il rencontre Stapleton, un des voisins des Baskerville, qui le met en garde contre les dangers de la Lande, notamment contre le bourbier de Grimpen : « - Je vous présente le grand bourbier de Grimpen, me dit-il. Un faux pas, et c'est la mort pour un homme ou pour un animal. Hier encore, j'ai vu l'un des poneys de la lande errer par là ; il n'en est jamais sorti. J'ai vu sa tête qui longtemps a émergé au-dessus d'un trou de vase, mais le marais l'a finalement aspiré. Même pendant la saison sèche, il est dangereux de traverser le bourbier; à plus forte raison après les pluies d'automne ! Et cependant, moi, je peux m'y promener et en revenir vivant. Tenez, voilà un autre de ces malheureux poneys !

Quelque chose de brun se balançait en déséquilibre parmi les joncs verts. Puis un long cou qui se tordait dans l'agonie sauta en l'air et un hurlement effroyable retentit à travers la lande. Je frémis d'horreur, mais les nerfs de mon compagnon me parurent plus solides que les miens.

- Fini ! me dit-il. Le bourbier l'a englouti ! Deux en deux jours, et peut-être beaucoup plus, car les poneys ont pris l'habitude de se rendre là pendant la saison sèche, et ils ne se rendent compte de la différence que lorsque le bourbier les avale. C'est un sale endroit, le grand bourbier de Grimpen !

- Et, vous dites que vous pouvez le traverser ?

- Oui. Il y a deux ou trois petits chemins qu'un homme très agile peut emprunter. Je les ai découverts.

- Mais pourquoi allez-vous dans un endroit aussi horrible ?

- Voyez vous les collines là-bas ? Ce sont de vraies îles isolées de tous côtés par ce bourbier infranchissable qui les a cernées au cours des siècles. Elles possèdent des plantes et des papillons rares toute la question est d'avoir assez d'astuce pour les atteindre. » [chapitre 7, page 77].

 

Watson rencontre aussi la prétendue sœur de Stapleton, Beryl, qui achève de semer le doute en lui ordonnant de partir : « Retournez à Londres sans plus attendre », lui conseille-t-elle au chapitre 7 page 80 . Ensuite, dans le premier rapport que Watson envoie à Sherlock Holmes, il décrit la Lande comme influençant le caractère de toute personne venant s’y installer. Au chapitre 8, à la page 86, il écrit : « Plus on demeure ici, plus l’esprit de la Lande, son immensité, et aussi son charme lugubre, s’enfonce dans votre âme ».

Lors de la poursuite, à travers la Lande, du bagnard, Selden l’assassin, Watson et Henry de Baskerville oublient les mauvaises influences de la lande : en hommes courageux, ils sont remplis de confiance. Cependant, la Lande reprend vite le dessus et le cri émanant du bourbier de Grimpen les arrête net dans leur élan : « S’éleva soudain de la Lande immense et sombre le cri étrange que j'avais déjà entendu aux abords du grand bourbier de Grimpen » [chapitre 9 page 107]. En fait, le journal de Watson donne toujours la même impression de la Lande : triste et froide comme lors de sa première découverte du paysage .

Ensuite, lorsque Watson part à la recherche de l’inconnu de la Lande qui se révélera être plus tard Sherlock Holmes, celui-ci a beaucoup moins peur parce qu’il ne fait pas encore nuit et que le soleil couchant donne un sentiment de quiétude au cadre : « Le soleil déclinait déjà quand j’atteignis le sommet de la colline, et les longues pentes au-desous de moi étaient toutes d’un vert doré sur un versant et d’ombre grise sur l’autre. Jusqu’à l’horizon un brouillard s’étendait, d’où l’on voyait surgir des formes fantastiques des rochers Belliver et Vixen » [Chapitre 11, page 134-135]. Les retrouvailles de Watson et de Sherlock Holmes sont éphémères car ils s’élancent aussitôt à la poursuite du chien légendaire dont ils entendent les hurlements. Durant cette poursuite, la Lande est perçue comme une sorte de couloir sans fin, un corridor lugubre et cette impression a le don d’augmenter l’angoisse, déjà bien présente des deux détectives : « Nous courûmes dans la nuit, sans rien voir, butant contre des pierres, traversant des buissons d'ajoncs, soufflant en escaladant des côtes, fonçant dans la direction d'où avait retenti les cris de terreur. Sur chaque élévation de terrain, Holmes regardait autour de lui, mais l'ombre sur la lande était épaisse ; rien ne bougeait sur sa surface hostile.

« Voyez-vous quelque chose?

- Rien.

- Chut! Ecoutez! »

Un gémissement plaintif s'éleva sur notre gauche. de ce côté une crête de rochers se terminait par un escarpement abrupt qui surplombait une pente jalonnée de pierres. Et sur cette pente était étalé un objet noir, imprécis.

[Chapitre 14 page 165].

      

Dénouement de l'histoire :

  Enfin, durant le dénouement de l’histoire, la terreur atteint son paroxysme car les deux détectives, tapis dans leur cachette, attendent que le meurtrier sorte enfin. Ils sont malheureusement surpris dans leur plan par une nappe de brouillard échappée des entrailles de la Lande pour les gêner, afin que le crime ait lieu :" Au-dessus du grand bourbier de Grimpen planait un épais brouillard blanc. Il s’avançait dans notre direction, et sa masse de notre côté se dressait comme un mur, basse, dense, et nettement tranchée. La lune l’éclairait, il ressemblait à un vaste banc de glace qui brillait faiblement et les pics des grands rochers lointains semblaient portés sur sa surface. Le visage de Holmes se tourna vers le brouillard et il grommela avec impatience en le voyant s’avancer paresseusement. …/… C’est la seule chose qui puisse contrecarrer nos plans" [Chapitre 14 page 167]. On découvre par la suite que le bourbier de Grimpen, si effrayant au premier abord, est en fait un des lieux clés de l’histoire car c’est là que gît à jamais le meurtrier et c’est surtout de là que partait toute l’angoisse de la Lande puisque c’est au cœur de ce marécage que vivait le chien et c'est de là que ses clameurs terrifiantes partaient.

Conclusion :

Nous avons pu observer que la perception de la Lande était différente le jour et la nuit, et que sa représentation changeait durant le déroulement de l’histoire. Par exemple, quand Watson regarde par sa fenêtre et la découvre sous un nouveau jour le lendemain de son arrivée en s’y promenant. La Lande ne prend son côté mystérieux que lorsque la nuit apparaît. Cette dernière est synonyme de mort et ne fait qu’accentuer la peur inspirée par ce paysage lugubre. La majeure partie du récit se déroulant la nuit fait de la Lande un endroit sombre et rempli de mystère et ceci donne au lecteur un sentiment d’insécurité qui ne fera que grandir tout au long du roman.

Cette approche de la Lande par Conan Doyle nous a permis de la découvrir avec intérêt quand nous nous y sommes, à notre tour, aventurés lors de deux excursions dans ce qui est devenu « le parc national du Dartmoor ». Cette terre a inspiré de nombreux mythes et légendes, et c’est cette réalité qui a dû inspirer Sir Arthur Conan Doyle dans la rédaction de cette aventure de Sherlock Holmes. C’est pour cela qu’il en montre les deux visages, celui du Mal, du Malheur, vision apocalyptique des Enfers et celui d’une campagne paisible lorsque la légende n'entre pas en compte.

AMELIE, MELANIE, FLORIAN, HADRIEN

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