1600 ventres, Luc LANG, Fayard

 

"To be or no to be" à Strangeways

"Elle est où, la justice, hein ? […]
On est tous un peu coupables, mais les vrais,
les grands coupables sont seuls à le savoir…"

Dimanche après-midi, mutinerie dans la prison de Strangeways. La police réussit à maîtriser la révolte, hormis une dizaine d'hommes incontrôlables qui résistent aux forces de l'ordre.
Henry Blain, chef-cuisinier de la prison, suit de très près le déroulement de cette affaire. En effet, sa maison offre une vue imprenable sur la mutinerie, très prisée par les journalistes. Le cuisinier, "maître de 30 fourneaux, 20 éviers, 12 frigos à viande, 18 marmitons, 1600 ventres", sait efficacement tirer profit de cette situation… Parmi cette horde de journalistes, Henry fait la connaissance de Louise, reporter fringante à l'Anglican Tribune.
Henry, la soixantaine assurée, célibataire, jardinier à ses heures, inconditionnel de Shakespeare, grand amateur de fine et de femmes, nous semble un jouisseur de première. Puis, au fil du récit, le lecteur découvre un homme inquiétant, excessif, voire monstrueux dans sa manière particulière d'aimer les femmes et de le leur prouver !
L'écriture, d'un tonus époustouflant, se met au service d'une remise en question de notre société. Les médias sont évoqués comme de sinistres pièges à souris pour qui s'en approche. Luc Lang revisite la justice : les "voleurs de bicyclette" subissent de lourdes peines alors que celui qui bafoue les lois , de façon cynique, parade à la télévision. Et comme il l'annonce à la fin du spectacle : "la justice, à l'exception des spectres qui viennent nous terroriser et nous faire souffrir, elle ne sera jamais rendue".
Avec 1600 ventres, Luc Lang est capable de provoquer l'enthousiasme ou l'exaspération du lecteur face à ce brillant exercice de style.

Marine Bellay, Maëlle Caillard,
Mildred Cheron, Lina Le Gall et Emilie Mazeau

Le Goncourt des lycéens