Méroé, Olivier Rolin, Seuil

 

Alfa ou le labyrinthe du souvenir

"For each man kills the thing he loves"

Qui ne souhaiterait revivre des émotions passées ? Ne posez surtout pas cette question au narrateur du dernier roman d’Olivier ROLIN, singulier personnage tout à la fois mort et vivant, mort pour avoir vécu une passion amoureuse, mais encore si vivant dans sa quête du bonheur perdu.
Le narrateur choisit de partir au Soudan, avec l’espoir d’y oublier ses déboires amoureux ainsi que ses échecs. Il émigre dans ce pays chaud quasi désertique, excepté aux alentours du Nil auquel le narrateur est très attaché. Il y enseigne le français et ensuite accepte de participer à des fouilles archéologiques dirigées par le docteur Vollender, savant spécialiste du Moyen Age . Le récit historique écrit sur ce pays est très riche, mais sans actualité car cette civilisation a disparu. Seules subsistent des traces dans l’ancienne cité de Méroé. Le narrateur nous entraîne dans ses dérives intellectuelles où s’entrelacent passé et présent, événements historiques et privés.
Méroé est un récit passionnant et déconcertant . Olivier ROLIN, après Port-Soudan, nous emmène vers " le pays du fleuve fabuleux ", un Soudan rêvé et labyrinthique. Nous y rencontrons le docteur Vollender, archéologue qui recherche les ossements des civilisations passées et que le narrateur rejoindra plus tard dans sa quête du passé ; Gordon Pacha aussi est obsédé par " l’éternelle mélancolie du trop tard ". Le narrateur et Alfa ont été unis par une passion à laquelle la jeune femme met fin brutalement, trop tôt... C’est pour cette raison qu’il rencontre Dune, un joli mannequin dont il utilise la ressemblance physique avec Alfa à des fins d’écrivain, personnelles et originales. Else lui apparaît à l’aéroport de Méroé ; Else avec qui il partagera son goût pour la recherche d’un passé disparu mais aussi quelques moments d’amours, échos d’une passion disparue. Les relations du narrateur avec les femmes ne sont là que pour entretenir le souvenir d’Alfa.
Méroé est l’histoire d’une folie à la fois profonde et véritable. Olivier ROLIN mêle violence et désespoir au fil des chapitres et le lecteur s’en imprègne peu à peu. Ce roman est un grand cri d’amour qui mérite d’être entendu et reconnu ! Malgré un début confus et un narrateur sans nom, l’ensemble est SUPERBE !


Shirley Georges et Elen Jeanneteau

Le Goncourt des lycéens