Extrait de la célèbre lettre "j'accuse"

Affaire d'espionnage qui devint l'une des crises les plus importantes de la IIIe République et divisa la France tout entière. Elle connut plusieurs rebondissements.

Le premier jugement

Depuis quelques mois, le Haut Etat-Major de l'armée française s'émeut des nombreuses informations secrètes qui parviennent en Allemagne. En 1894, le capitaine Dreyfus, officier juif de 35 ans, est accusé d'avoir livré des secrets militaires. La preuve en serait un bordereau retrouvé dans la corbeille de l'attaché militaire allemand, et qui porterait l'écriture même de Dreyfus. Une expertise confirme alors l'accusation. Le capitaine Dreyfus est condamné à la déportation (1894) en Guyane.

Le colonel Picquart, convaincu de la culpabilité du commandant Esterhazy, fait passer celui-ci devant le conseil de guerre. Esterhazy est acquitté.

La révision du procès

Le 13 janvier 1898, Emile Zola publie dans l'Aurore une lettre destinée au président de la République. Dans ce texte intitulé J'accuse, l'écrivain met en cause les preuves fournies, dénonce l'illégalité du procès et montre du doigt le parti pris de l'Etat-Major. Zola sera condamné à un an de prison et à une amende.

J'accuse

Affiché sur les murs de Paris, vendu à 300 000 exemplaires, son article, telle une bombe, relance cette affaire délicate en voie d'être étouffée. Dreyfus est alors érigé en symbole-martyre. La nouvelle étude du dossier révèle qu'une des plus importantes pièces à conviction est fausse. Le lieutenant-colonel Henry avoue la supercherie, puis se suicide.

Le procès de 1894 est annulé. Le conseil de guerre de Rennes se penche à nouveau sur l'accusation, mais déclare tout de même Dreyfus coupable en septembre 1899. Les circonstances atténuantes lui seront toutefois accordées.

La France partagée

L'affaire Dreyfus dépasse largement le cadre de l'erreur judiciaire appliquée à l'armée. Dans un débat passionnel, elle divise la France en deux camps irréconciliables. Plus encore, elle offre deux conceptions opposées de l'individu et de la société, conceptions qui marqueront durablement le débat politique au XXe siècle.

Les "antidreyfusards" approuvent les jugements. Ce camp, constitué des conservateurs, des antisémites et d'une bonne partie de l'armée, défend l'ordre établi contre la liberté individuelle. Les "antidreyfusards" sont regroupés au sein de la "ligue des patriotes" par Paul Déroulède.

Les "dreyfusards" sont, quant à eux, constitués de l'aile gauche et d'une bonne partie des intellectuels (Anatole France, André Gide, Marcel Proust ou encore Charles Péguy). Inspirés par l'esprit des Lumières, ils s'appuient sur une conception de l'individu, de la liberté et de la justice héritée de 1789. C'est dans cet esprit qu'ils fondent la ligue de l'homme et du citoyen pendant le procès Zola.

Une reconnaissance tardive

L'innocence du capitaine Dreyfus ne sera reconnue qu'en 1906. Le président de la République Emile Loubet gracie Dreyfus qui peut réintégrer l'armée.

Ce n'est qu'au mois de septembre 1995 que le chef du service historique des armées a reconnu que l'accusation contre le capitaine Dreyfus "avait été en partie fondée sur des documents truqués".

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