L'Oeuvre : un roman naturaliste


Production d'élève

Corrigé professeur

Introduction

Rappeler les théories de Zola exprimées dans les préfaces ou Le Roman expérimental

Préface des Rougon-Macquart : "l'hérédité a ses lois... je tâcherai de trouver... en résolvant la double question des tempéraments et des milieux, le fil qui conduit mathématiquement d'un homme à un autre homme"

Préface de Thérèse Raquin : "j'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères... des personnages souverainement dominés par leus nerfs et leur sang... J'ai cherché à suivre... les poussées de l'instinct, les détraquements cérébraux... Mon but a été un but scientifique avant tout."

Le Roman expérimental : "Le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur"

L'Oeuvre, quatorzième volume de la série des Rougon-Macquart décrit un milieu, le monde des arts et plus particulièrement le monde de la peinture, met en scène des artistes à la personnalité fragile, aux tempéraments exacerbés. Le personnage de Sandoz , largement autobiographique, reprend à son compte les théories littéraires et romanesques de Zola.

 

I - L'Oeuvre : enquête sur le monde des arts

Fidèle à sa méthode, Zola consacre chaque tome des Rougon-Macquart à l'étude d'un milieu, ici le milieu artistique entre 1860 et 1880. Pour ce faire, il s'est servi de ses souvenirs personnels parce qu'il a été à la fois l'acteur et le témoin privilégié de cette révolution artistique mais il a aussi réuni dans ses carnets d'enquête une documentation abondante, surtout sur les techniques de la peinture et de la sculpture.

a) le travail de l'artiste

A plusieurs reprises, Zola décrit Claude au travail dans son atelier ou sur le motif. Zola a l'expérience des séances de pose car il a servi de modèle à ses amis peintres (voir le portrait de Zola par Manet).

Zola est allé en repérage sur les lieux privilégiés par les peintres de cette époque : les bords de Seine à Bennecourt, Paris, l'île Saint Louis, les quais de la Seine, la butte Montmartre voir les nombreuses descriptions de Paris qui sont autant de tableaux impressionnistes.

b) les salons

Chaque année les salons constituent le temps fort de la saison artistique. Zola consacre deux chapitres aux salons, le chapitre V au Salon des Refusés créé par les peintres contestataires non admis au Salon officiel décrit au chapitre X. Il y excelle à saisir les ambiances, les réactions négatives ou enthousiastes du public, à traduire les tendances nouvelles, à mesurer l'évolution des mentalités.

1863 : le tableau Plein Air au Salon des Refusés :

"C'était comme une fenêtre brusquement ouverte dans la vieille cuisine au bitume, dans les jus recuits de la tradition, et le soleil entrait et les murs riaient de cette matinée de printemps ! La note claire de son tableau, ce bleuissement dont on se moquait, éclatait parmi les autres. N'était-ce pas l'aube attendue, un jour nouveau qui se levait pour l'art? "

1876 : au Salon officiel Fagerolles présente avec succès Un Déjeuner, simple plagiat du tableau de Claude. Les mêmes qui avaient hué Claude saluent avec enthousiasme le tableau de Fagerolles :

"deux grosses dames, la bouche ouverte bâillaient d'aise... Il y avait des émerveillements béats, étonnés, profonds, gais, austères, des sourires inconscients, des airs mourants de tête. Alors Claude s'oublia, stupide devant ce triomphe."

c) la querelle des Anciens et des Modernes

Le monde des artistes est divisé sur la conception de l'art.

Les Anciens s'arcboutent sur la tradition, la mythologie à la façon de la Vénus de Cabanel préférée à l'Olympia de Manet. "Des cadres d'or pleins d'ombre se succédaient, des choses gourmées et noires, des nudités d'atelier, toute la défroque classique, l'histoire, le genre, le paysage, trempés ensemble dans le même cambouis de la convention."

Claude et sa bande au contraire veulent révolutionner l'art et l'adapter à leur époque : "Maintenant il faut autre chose, ... il faut peut-être le plein air, une peinture claire et jeune, notre peinture à nous, la peinture que nos yeux d'aujourd'hui doivent faire et regarder." Ce faisant, ils inventent l'impressionnisme.

De plus, il faut compter avec les rivalités et les jalousies personnelles, les succès parfois immérités des uns, les échecs parfois injustes des autres, les plagiats. Cela donne lieu parfois à des tractations sordides comme lorsque Fagerolles fait admettre Claude au Salon par charité.

d) le marché de l'art

A cette époque l'art devient spéculatif et le vieux Malgras, amateur éclairé est évincé par Naudet le spéculateur qui investit dans l'art non pour l'esthétique mais pour la plus-value espérée

"il ne s'agissait plus du vieux jeu, la redingote crasseuse et le goût si fin du père Malgras. Non le fameux Naudet... un spéculateur, un boursier qui se moquait radicalement de la peinture. Il apportait l'unique flair du succès, il devinait l'artiste à lancer, celui dont le talent menteur allait faire prime sur le marché bourgeois"

 

II - étude des tempéraments

Selon Zola, l'artiste constitue un être à part au même titre que le prêtre, la prostituée et l'assassin.

a) Claude et la tare héréditaire des Rougon-Macquart.

Claude a derrière lui une lourde hérédité, il est le fils de Gervaise, l'alcoolique, le frère de Jacques, l'assassin , le demi-frère de Nana, la prostituée, son fils Jacques sera hydrocéphale.

Zola insiste lourdement sur cette hérédité de Claude pour expliquer son comportement

"il s'affolait davantage en s'irritant de cet inconnu héréditaire qui parfois lui rendait la création heureuse et parfois l'abêtissait de stérilité"

"sans doute il souffrait dans sa chair, ravagé par cette lésion trop forte du génie, trois grammes en plus ou trois grammes en moins, comme il disait, lorsqu'il accusait ses parents de l'avoir si drôlement bâti."

"le déséquilibrement des nerfs dont il souffrait, le détraquement héréditaire qui pour quelques grammes de substance en plus ou en moins au lieu de faire un grand homme allait faire un fou"

A cause de son tempérament, ses amis qui, au début le considéraient comme leur maître, finissent par le lâcher : "un fou qui s'entêtait depuis quinze ans, un orgueilleux qui posait pour le génie ; ce grand toqué ridicule qu'on enfermera un de ces quatre matins"

b) L'Oeuvre, le roman de l'échec

La vision de Zola dans L'Oeuvre est pessimiste. Certes, Sandoz réussit mais il a sacrifié sa vie pour "accoucher son oeuvre avec les fers", Fagerolles obtient la célébrité mais il a trahi l'idéal de sa jeunesse. Dubuche a le courage et la lucidité d'avouer : "j'ai raté ma vie" comme Claude, Mahoudeau, Chaine. L'échec de Claude est double à la fois sur le plan artistique et dans sa vie privée. "Il ne savait pas finir", son "impuissance" chronique, son perfectionnisme l'empêchent de se satisfaire, il vise à chaque fois la perfection du chef d'oeuvre jusqu'au moment où dans un accès de colère et de découragement, il se met à lacérer sa toile. L'échec de Claude se lit aussi dans la déchéance matérielle, l'existence misérable dans son atelier de la butte Montmartre, son impossibilité à communiquer y compris avec sa femme Christine et le suicide final. "Claude s'était pendu à la grande échelle, en face de son oeuvre manquée...la Femme rayonnait avec son éclat symbolique d'idole, la peinture triomphait, seule immortelle et debout."

(Zola reprend là un thème littéraire, celui de l'artiste maudit )

 

III - la mise en abyme des théories de Zola

Les confidences de Sandoz ne sont que la copie conforme des pensées de Zola

la volonté de renouveler la littérature : "lui aussi se désespérait d'être né au confluent de Balzac et de Hugo"

ses projets : ah ! que ce serait beau si l'on donnait son existence entière à son oeuvre, où l'on tâcherait de mettre les choses, les bêtes, les hommes, l'arche immense... le grand tout, sans haut ni bas, ni sale, ni propre. Bien sûr, c'est à la science que doivent s'adresser les reomanciers et les poètes"

le naturalisme : "étudier l'homme tel qu'il est non plus le pantin métaphysique mais l'homme physiologique déterminé par le milieu... Nous sommes des positivistes, des évolutionnistes. Je vais prendre une famille et j'en étudierai les membres un à un, d'où ils viennent, où ils vont. D'autre part, je mettrai mes bonshommes dans une période historique déterminée ce qui me donnera le milieu et les circonstances."

sa manière d'écrire : "les audaces de langage, la conviction que tout doit se dire, qu'il y a des mots abominables comme des fers rouges, qu'une langue s'est enrichie de ces bains de force et surtout l'acte sexuel. Qu'on se fâchât, il l'admettait aisément mais il aurait voulu qu'on lui fît l'honneur de comprendre et de se fâcher pour ses audaces non pour les saletés imbéciles qu'on lui prêtait."

 

Conclusion

Le roman appartient au domaine de l'art et Zola est un artiste et non pas un scientifique. Il est nécessaire de nuancer la caractère caricatural des théories naturalistes. La conception d'un Maupassant dans la Préface de Pierre et Jean semble plus nuancée "le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable....faire vrai consiste donc à donner l'illusion du vrai."


Production d'élève

EN QUOI L'ŒUVRE EST-ELLE UN ROMAN NATURALISTE ?



Zola, théoricien du roman naturaliste, nous donne une définition de cette tendance : " Notre héros... est le sujet physiologique de notre science actuelle, un être qui est composé d'organes et qui trempe dans un milieu dont il est pénétré à chaque heure... Tous les sens vont agir sur l'âme. Dans chacun de ses mouvements, l'âme sera précipitée ou ralentie par la vue, l'odorat, l'ouïe, le goût, le toucher. "En effet, le naturalisme est une accentuation du réalisme sous l'effet des nouvelles doctrines scientifiques. On sait d'ailleurs que Zola s'est beaucoup intéressé aux travaux de Darwin. Nous constatons que L'Œuvre est, par certains aspects, un roman naturaliste. C'est ainsi que Zola nous fait découvrir le monde des arts en s'appuyant sur ses recherches, qu'il met en scène des personnages bien particuliers et qu'il met ses théories en abîme.


Nous débuterons cette étude par la découverte du monde des arts.


Tout d'abord, Zola nous décrit les coulisses de la création par le biais de la description des ateliers, des techniques utilisées et du rôle des modèles.

Zola décrit les ateliers de peinture mais aussi ceux d'architecture et de sculpture.
En premier lieu, nous décrirons les ateliers de peinture. Le premier atelier de Claude est petit et "empli de tableaux violents" comme nous l'explique Christine au début du roman. Son second atelier est "petit et incommode" et n'est accompagné que d'une étroite chambre et d'une cuisine très réduite. C'est pour cette raison que Claude décidera, un peu plus tard, de louer un ancien séchoir de teinturier de quinze mètre de long sur dix de large. L'atelier de Bongrand, quant à lui, est vaste et "orné des seules études du maître". Claude et Bongrand passent la majeure partie de leur temps à peindre dans leurs ateliers, mais, malgré cela, ils n'attachent pas d'importance à la décoration ni au mobilier de ce dernier. Contrairement à eux, Fagerolles, une fois le succès venu, possède un atelier luxueux et sans tableaux.
Ensuite, nous verrons la présentation des ateliers d'architecture à travers la description de l'atelier fréquenté par Dubuche. Ce dernier se rend régulièrement à l'atelier Dequersonnière de la rue du Four où le patron passe en courant, trois fois par semaine. C'est là que ses camarades lui apprirent diverses techniques et qu'il travaille ses projets pour l'école des Beaux-Arts. Cet atelier, un hangar, est une vaste salle comprenant un poêle rouillé, une fontaine de zinc, quatre longues tables très larges et des étagères supportant des moulages, des tés, des équerres et des planches à laver. Ses murs sont salis d'inscriptions et de dessins et les tables sont "occupées des deux côtés par des files d'élèves, encombrées d'éponges mouillées, de godets, de vases d'eau, de chandeliers de fer, de caisses en bois, de compas et de couleurs".
Enfin, Zola nous présente les ateliers de sculpture par le biais de la description de l'atelier de Mahoudeau. Son atelier est assez grand et comprend un poêle, des tas d'argile, des baquets boueux, un gâchis de plâtre ainsi que divers moulages et sculptures. Cet atelier est poussiéreux, humide et possède une odeur fade de glaise mouillée. L'atelier s'humidifie ensuite de plus en plus et se refroidit tellement que l'eau des baquets finit par geler, les sculptures invendues finissent quant à elles par se démembrer.
Seules les techniques picturales nous sont dévoilées dans ce roman. Claude, lorsqu'il ne peut peindre en plein air, fait des académies sur nature avant de composer un tableau. Pour les personnages, il emploie des modèles qu'il endolorit par de longues séances de pose. Il procède évidemment par plans dont il nuance l'espacement grâce aux couleurs. Il commence par faire une ébauche générale au crayon puis au pinceau afin de donner une vue d'ensemble et il affine ensuite chaque élément. Lorsqu'il est mécontent d'un des éléments, il gratte la peinture qui le représente puis, il recommence. Il représente la décomposition de la lumière en accentuant des bleus, des jaunes et des rouges où personne n'était accoutumé à en voir, ce qui, bien souvent, pousse le jury à refuser ses tableaux et déplait au public non averti. Pour trouver les valeurs exactes, il s'aide de la complémentarité des couleurs. Pour la grande toile qu'il peint, il utilise une échelle qui lui permet d'en atteindre tous les niveaux. Il utilise souvent le nu afin de donner de la vie à ses œuvres. Contrairement à Claude qui créait des œuvres pures et violentes aux tons exagérés, Fagerolles adoucit les tons et fait des sous-entendus afin de ne pas choquer le public. Depuis "La Noce au village", Bongrand glisse vers une facture plus savante et plus sèche et à chacune de ses toiles, l'éclat part un peu. "La noce au village" ayant écrasé sa vie de travailleur il chercha un sujet contraire et symétrique : "L'Enterrement au village".
En ce qui concerne le rôle des modèles, il est évoqué au niveau de la peinture et de la sculpture.
Nous étudierons d'abord le rôle des modèles dans l'art pictural. Nous avons déjà précisé que Claude ankylose ses modèles par de longues heures de pose. Lorsque Claude peint à partir d'un modèle féminin même lorsqu'il s'agit de sa femme, il ne lui jette que de clairs regards, ne voyant en elle qu'un modèle et non plus une femme. De plus, Claude n'a aucune considération pour ses modèles et est d'une exigence suprême à leur égard. Ceci entraîne la tristesse de Christine lorsqu'elle pose pour lui et qu'il lui fait des remarques désagréables à propos de son ventre et de ses seins qui lui semblent vieillis. Lorsqu'il lui fait ces remarques, Claude ne pense pas à mal car, comme on l'a expliqué plus haut, durant ces séances de poses, Christine n'est plus qu'un modèle pour lui. C'est d'ailleurs cette double vision des gens qui lui permet de peindre son fils mort sans éprouver trop de tristesse.
Voyons ensuite le rôle du modèle pour un sculpteur : Mahoudeau. Ce dernier se plaint de la difficulté à trouver des modèles ayant un beau ventre. Il se plaint aussi du prix qu'elles demandent.

Étudions maintenant le parti pris des artistes de la nouvelle école ainsi que les jalousies, les turpitudes, le plagiat et les rivalités dans le monde de l'art.

On constate que les artistes de la nouvelle école ont des idées bien arrêtées au sujet du Salon, du Jury et des bourgeois.
Il faut évoquer le Salon sous deux aspects différents : le Salon officiel et le Salon des Refusés. En premier lieu, le Salon officiel, au niveau de la peinture, est vivement contesté par tous et va même jusqu'à entraîner de la répugnance et du dédain de la part de Claude et Sandoz. Ce Salon reste cependant le seul espoir de découverte que ce soit pour les peintres, pour les sculpteurs ou pour les architectes. Le Salon des Refusés ne concerne que les peintres pour qui il représente l'acceptation d'une nouvelle forme de peinture : " le Plein Air ".
Le jury se compose de plusieurs membres élus par des artistes ayant été reçus au moins une fois. Ils sont chargés de décider du sort des peintures envoyées c'est-à-dire de leur exposition ou de leur refus au Salon officiel. Les artistes de la nouvelle école sont révoltés contre ce Jury qui, surtout au niveau pictural, se montrait beaucoup trop sévère ; en effet, sur 5 000 tableaux envoyés, seuls 2 000 étaient exposés. Ces artistes veulent un "Salon libre pour tous les exposants", les peintres auraient ainsi la possibilité d'exposer des œuvres réalistes jusqu'ici refusées. " L'éternel mécontentement des peintres, la campagne menée par les petits journaux comme le Tambour, les protestations " et les réclamations continues avaient fini par troubler l'Empereur Napoléon III qui fit un véritable "coup d'État artistique" en créant un Salon des Refusés afin d'exposer les toiles non admises par le Jury.
On observe que les bourgeois et les artistes ne s'aiment guère. En effet, les bourgeois dédaignent les artistes tout en les respectant pour leur particularité qu'ils ne comprennent guère. Claude ne supporte pas les bourgeois et parle d'eux en ces termes : "Laisse donc ! Déclara Claude avec férocité, ils ont sur la face tous les crimes de la bourgeoisie, ils suent la scrofule et la bêtise." Sandoz, quant à lui, déclare ceci : " ...la haine de la littérature, toute la bourgeoisie en crève ! ".
La femme de Claude : Christine éprouve une "haine jalouse" envers la peinture.
En effet, la peinture lui vole son amant passionné et l'amoindrit ainsi chaque jour : "Et sa rancune grandissait avec son admiration, elle s'indignait d'assister à cette diminution d'elle-même, à cet autre amour qui la souffletait de son ménage." Christine sait que Claude préfère sa copie à elle-même mais elle semble impuissante face à l'Art : "Ah ! comme elle aurait voulu le reprendre à cette peinture qui le lui avait pris ! " Elle n'ose pas en parler à Claude, sachant qu'il la plaisanterait pourtant : "Elle en devenait folle, jalouse de ce dédoublement de sa personne, comprenant la misère d'une telle souffrance." Elle finit tout de même par se révolter : "Une révolte invincible, la colère d'une épouse souffletée chez elle, trompée dans son sommeil, dans la pièce voisine, la poussait."
Comme nous allons le voir, les turpitudes foisonnent dans le monde de l'art.
Commençons par celle du jury qui est évoquée en tant qu'erreur, en effet, un jour, un tableau peint par un vieux peintre classique, respecté par l'Institut, fut jeté à la fosse commune dans le mépris unanime. Mazel, le "chef" du Jury commande alors au brigadier d'aller le repêcher et de le porter aux reçus.
On peut aussi parler de l'École, en effet, un jour, Fagerolles raconte que son maître : Mazel corrigea un modèle en disant qu'elle avait tort d'avoir des cuisses qui n'étaient pas d'aplomb.
Jory, lui aussi, se prête à des exercices du même genre et, en plus de cela, il se montre très hypocrite envers ses amis. On constate que ce dernier calcule le bénéfice qu'il tirera de chaque article et qu'il annonce ensuite sa réponse soit en bon prince lorsqu'il accepte de parler de cet artiste soit en impuissant lorsqu'il refuse. C'est ainsi qu'il prétend avoir fait Fagerolles et qu'il dit toujours à Mahoudeau et à Gagnère qu'on lui coupe ses articles et qu'il attend d'avoir son propre journal. Et une fois qu'il a son journal, ayant publié un article contre Sandoz, il dit à ce dernier : "Mon cher, tu le sais, on n'est jamais le maître chez soi... Je devrais tout faire, mais j'ai si peu de temps ! Imagine-toi que je ne l'avais même pas lu, cet article, me fiant à ce qu'on m'en avait dit. Aussi tu comprends ma colère, quand je l'ai parcouru tout à l'heure... Je suis désolé, désolé..." De plus, un peu après, Mahoudeau et Gagnère l'accusent de ne rien écrire à leur sujet ; accusation que Jory détourne sur Claude disant que c'est de sa faute. On observe aussi cet aspect de Jory dans une des scènes du Salon : "En effet, Fagerolles et Jory, sans le voir, venaient de s'emparer d'une table voisine. Le dernier continuait une conversation de sa grosse voix. Oui, j'ai vu son enfant crevé. Ah ! le pauvre bougre, quelle fin !" Fagerolles lui donna un coup de coude ; et, tout de suite, l'autre ayant aperçut les deux camarades, ajouta : "Ah ! ce vieux Claude !... Comment va, hein ?...Tu sais que je n'ai pas encore vu ton tableau. Mais on m'a dit que c'était superbe".
Fagerolles, quant à lui, est le roi des "magouilleurs". En effet, ce dernier joue un double jeu : il plaisante l'école pour plaire à Claude et ailleurs, il blague le plein air. Claude parle de Fagerolles en ces termes : "Ce Fagerolles, quel truqueur ! Maintenant qu'il avait raté son prix, il ne craignait plus d'exposer, il lâchait décidément l'École, mais il fallait voir avec quelle adresse, pour quel compromis, une peinture qui jouait l'audace du vrai, sans une seule qualité originale !"   Fagerolles se sépare ensuite peu à peu de la bande et ne fréquente plus que les lieux de publicité où il pouvait faire des connaissances utiles. Devant ses amis, il joue d'ailleurs à l'homme excédé par le succès naissant. Fagerolles s'adonne aux bassesses du Jury dès qu'il en fait partie ; c'est ainsi que "l'Enfant mort" de Claude est reçu. D'ailleurs, Fagerolles ne fait pas cela par amitié mais pour tester son autorité sur les membres du Jury. Une fois qu'il a des problèmes, Fagerolles flatte l'administration toute entière afin d'obtenir quelques promesses d'avenir.
On découvre dans "l'Œuvre" que le plagiat est une pratique courante dans le milieu artistique.
En premier lieu, parlons de Jory qui se contente de répéter les théories entendues dans le groupe pour faire ses articles.
En second lieu, parlons de Fagerolles qui ne cesse de voler les sujets de Claude. Il anticipe d'ailleurs ses larcins, dès l'exposition de "Plein Air" au Salon des Refusés, il sent ce qu'il faudrait faire pour que cette toile fit la conquête du public : des tricheries, des atténuations, un arrangement du sujet et un adoucissement de la facture. Bongrand, défini la démarche de Fagerolles de cette façon : "... tout le truc consiste à lui voler son originalité et à l'accommoder à la sauce veule de l'École des Beaux-Arts ! " En effet, Fagerolles pille tous ses amis et en particulier Claude. Fagerolles tente d'ailleurs, lors d'un dîner chez Sandoz, "d'innocenter ses emprunts et de plaider ses compromis" à Claude. On constate en effet que Fagerolles remporte un grand succès avec son "Déjeuner" alors que ce n'est qu'une reformulation du "Plein Air" de Claude qui fit tant rire. Cependant, il n'est pas le seul à piller ce génie impuissant comme nous le révèle Sandoz lorsqu'il lui dit : "Il n'y a pas que Fagerolles qui te pille, tous maintenant t'imitent, tu les as révolutionnés depuis ton "Plein Air" dont ils ont tant ri... Regarde, regarde ! En voilà encore un de "Plein Air", en voilà un autre, et ici, et là-bas, tous, tous ! "

Observons maintenant les diverses rivalités présentes dans le monde artistique.

Nous verrons tout d'abord les rivalités qui apparaissent au sein même de la bande d'artistes. Tout d'abord, on note la rupture entre Mahoudeau et Chaîne qui ne s'adressent plus la parole et qui finissent par se quitter. Dubuche qui quitte la bande le premier ne se fait pas trop huer au contraire de Fagerolles qui la quitte en second. En effet, les autres se moquent tout d'abord de lui car il veut passer pour le jeune maître, accablé de travaux alors que tous, mis à part Jory, considèrent qu'il est démuni de tout talent. Ils se réjouissent ensuite lorsqu'il fait faillite et se moquent de ses bassesses envers les fonctionnaires, de son aplatissement devant les journaux ainsi que de ses câlineries avec des baronnes sexagénaires. Après Fagerolles, c'est le tour de Claude. Mahoudeau, Gagnère et Jory commencent alors à traiter Claude de raté et d'impuissant. Ils l'accusent même de les avoir exploités et de les avoir compromis par son amitié ; ils disent maintenant que "le succès était dans la rupture". Mahoudeau finit par s'en prendre à Gagnère en disant : "La musique a tué la peinture, jamais il ne fichera rien." Puis Jory attaque Mahoudeau en se moquant de sa dernière sculpture, disant qu'il avait raté la puissance. Puis, c'est au tour de Jory d'être détesté. On constate que la bande est écœurée par les idées de lucre de ce dernier et qu'elle lui demande même s'il se laisserait corrompre. À la fin de la dernière soirée chez Sandoz, ce dernier déclare : "C'est la fin, c'est fatalement le journaliste qui traite les autres de ratés, le bâcleur d'articles tombé dans l'exploitation de la bêtise publique !... Ah ! Mathilde, la Revanche !" C'est ainsi que la bande finit par s'émietter, ne laissant plus que deux amis fidèle : Claude et Sandoz.
Étudions maintenant les rivalités entre Christine et la peinture. Au début de l'amitié entre Claude et Christine, cette dernière éprouve "la haine instinctive d'une ennemie." Puis, juste avant leur retour à Paris, Christine se désole d'avoir exigé ce départ par amour alors que, dans cette ville, "elle sentait une rivale". Puis, la lutte de Christine contre sa rivale s'amplifie et se retourne contre elle-même : "Voilà qu'elle devenait sa propre rivale, qu'elle ne pouvait plus regarder son ancienne image, sans être mordue au cœur d'une envie mauvaise ! " Enfin, lorsque Claude déchire sa toile d'un coup de poing, elle ressent "un grand élan de rancune satisfaite".

Étudions maintenant le marché de l'art que Zola nous présente sous deux aspects : les collectionneurs-amateurs et les marchands.

Nous découvrons tout d'abord les collectionneurs amateurs représentés par Malgras mais aussi par Mr Hue. Malgras a l'apparence d'un Cocher de fiacre mal tenu mais c'est "un gaillard très fin" qui apprécie la bonne peinture. Cet homme se sent à l'aise même dans une ambiance tendue, il a "le marchandage féroce" et est très rusé. Il se contente d'un bénéfice de trente pour cent au plus et n'achète jamais un tableau sans savoir à qui il le vendra le soir même car son affaire est basé sur un renouvellement rapide de son petit capital. Lorsqu'il désire une toile sur commande, il s'arrange pour l'obtenir ; c'est ainsi qu'il donne un homard à Claude et qu'il prête parfois aux peintres une cousine de sa femme le temps d'une pose. C'est le principal acheteur de Claude, et quand il prend sa retraite, après fortune faite, dans une petite maison, Claude n'a pas d'autres choix que de s'adresser à Mr Hue. Mr Hue est un ancien chef de bureau qui apprécie beaucoup les techniques de Claude et qui lui achète des toiles de temps à autre.
Ensuite, on découvre Naudet qui s'oppose à ces collectionneurs amateurs. En effet, il a "des allures de gentilshommes", loue son fauteuil à l'Opéra et réserve sa table chez Bignon. C'est un spéculateur qui se moque radicalement de la bonne peinture : "Il apportait l'unique flair du succès, il devinait l'artiste à lancer, non pas celui qui promettait le génie discuté d'un grand peintre, mais celui dont le talent menteur, enflé de fausses hardiesses, allait faire prime sur le marché bourgeois."   Il traite, non plus avec des amateurs "de goût", mais avec des amateurs riches qui n'ont aucune connaissance artistique et qui achètent un tableau "comme valeur de Bourse, par vanité ou dans l'espoir qu'elle montera."


Zola met en scène des personnages bien particuliers qui ont, dans la plupart des cas, soit une tare héréditaire, soit une vie de raté.


Dans un premier temps, nous étudierons les tares héréditaires de Claude, de Jory, de Christine puis de Régine : la femme de Dubuche.

Claude accuse souvent l'hérédité d'être la cause de son impuissance, de sa brutalité et de sa folie. En effet, on sait que Zola lui donne, selon l'hérédité, une névrose physiologique : "une prépondérance physique et morale de la mère, une névrose et un déséquilibre intellectuel (des appétits intellectuels irrésistibles et effrénés, comme certains membres de sa famille ont des appétits physiques)" ainsi qu'une lésion de l'œil. C'est ainsi que Claude va de crise en crise, restant ainsi des semaines durant avec la haine amoureuse de la peinture qui le rend impuissant, irrationnel, triste et violent. Durant ces crises, il se rabaisse plus bas que terre, éprouve des doutes sur tout et redouble d'impulsivité. Cependant, il lui arrive aussi d'avoir des crises furieuses de travail, durant lesquelles, il est "inabordable pour tous, d'une violence de théories telle que ses amis eux-mêmes n'osaient le contrarier. Il balayait le monde d'un geste, il n'y avait plus que la peinture, on devait égorger les parents, les camarades, les femmes surtout ! ". Lorsque Claude et Christine quittent Paris pour Bennecourt, c'est pour une vie paisible, cependant, Claude qui semblait, pour une fois, heureux finit par s'attrister, par se dégoûter puis par regretter Paris. Un passage du livre nous décrit très bien l'état d'esprit de Claude lors de ses crises d'impuissance : "Peu à peu, ... il retombait pourtant à ses doutes d'autrefois, ravagé par cette lutte qu'il menait contre la nature. Toute toile qui lui revenait lui semblait mauvaise, incomplète surtout, ne réalisant pas l'effort tenté. C'était cette impuissance qui l'exaspérait, plus encore que les refus du Jury. Sans doute, il ne pardonnait pas à ce dernier : ses œuvres, même embryonnaires, valaient cent fois les médiocrités reçues ; mais quelle souffrance de ne jamais se donner entier, dans le chef-d'œuvre dont il ne pouvait accoucher son génie ! Il y avait toujours des morceaux superbes, ... Alors, pourquoi de brusques trous ? pourquoi des parties indignes, inaperçues pendant le travail, tuant le tableau ensuite d'une tare ineffaçable ? Et il se sentait incapable de correction, un mur se dressait à un moment, un obstacle infranchissable, au-delà duquel il était défendu d'aller. S'il reprenait vingt fois le morceau, vingt fois il aggravait le mal, tout se brouillait et glissait au gâchis. Il s'énervait, ne voyait plus, n'exécutait plus, en arrivait à une véritable paralysie de la volonté. Étaient-ce donc ses yeux, étaient-ce ses mains qui cessaient de lui appartenir, dans le progrès des lésions anciennes, qui l'avait inquiété déjà ? Les crises se multipliaient, il recommençait à vivre des semaines abominables, se dévorant, éternellement secoué de l'incertitude à l'espérance ; et l'unique soutien, pendant ces heures mauvaises, passées à s'acharner sur l'œuvre rebelle, c'était le rêve consolateur de l'œuvre future, celle où il se satisferait enfin, où ses mains se délieraient pour la création."  Il finit par perdre pied et par tomber dans la folie héroïque de l'art. À sa mort, Sandoz conclu : "Sans doute, il souffrait dans sa chair, ravagé par cette lésion trop forte du génie, trois grammes en moins ou trois grammes en plus, comme il le disait, lorsqu'il accusait ses parents de l'avoir si drôlement bâti ! Mais son mal n'était pas en lui seulement, il a été la victime d'une époque."
Jory est, quant à lui, sujet à une hérédité d'avarice qui l'entraîne dans une habitude de mensonge.
Christine a hérité du tempérament sanguin de son Père ce qui provoquera chez elle une attaque qui nous est révélée dans les notes de Zola.
Régine souffre, comme beaucoup de bourgeois d'une dégénérescence héréditaire qui l'affaiblit beaucoup.

Dans un second temps, nous étudierons le côté " raté " de certains personnages.

Entamons cette étude par la vie ratée de Claude. Ce qui entraîne la déchéance de Claude c'est son idéalisme excessif, ses caractères psychologiques mais aussi l'incompréhension du public et la misère dans laquelle il l'entraîne. Son grand mal était qu' "il ne savait pas finir". Il finit d'ailleurs par donner fin à sa vie, considérant qu'il souffrait trop ; ne pouvant plus vivre "puisque tout mentait et qu'il n'y avait rien de bon".
Christine perd ses parents durant sa jeunesse, plus tard, elle est employée par Mme Vanzade, une bourgeoise, pour lui faire la lecture. Elle souffre dans cette demeure "close, rigide, qui sentait la mort". C'est ainsi qu'elle démissionne afin de vivre avec Claude avec qui elle souffre de la misère, d'un manque d'amour et d'un abandon progressif. Elle lui fait part de cette souffrance dans une heure de révolte : "En dix ans, je ne me souviens pas d'avoir vécu une journée sans larmes !"  Un matin, elle retrouve Claude, l'amour de sa vie, pendu face à son œuvre et réagit ainsi : "Et ses jambes fléchirent, elle tomba et s'abattit sur le carreau. L'excès de la souffrance avait retiré tout le sang de son cœur, elle demeura évanouie par terre, comme morte, pareille à une loque blanche, misérable et finie, écrasée sous la souveraineté farouche de l'art."
L'enfant de Claude et de Christine : Jacques souffre lui aussi d'un abandon perpétuel et d'un manque d'hygiène dû à leur pauvreté. C'est ainsi qu'il meurt d'une maladie à douze ans.
Mahoudeau est un fils de tailleur de pierre de Plassans où il a rencontré de nombreux succès ce qui l'amène à s'installer à Paris comme lauréat de la ville. Il subit ensuite une succession de malheurs : tout d'abord, il rate l'École des Beaux-Arts, puis, n'ayant plus d'argent, il se met aux gages d'un "marchand de bons dieux" et, quand il retrouve enfin son ambition, c'est pour s'enfoncer dans la misère. C'est ainsi qu'il occupe un atelier délabré avec Chaîne ; bien que nous ayons déjà présenté cet atelier dans la première partie de cette dissertation, précisons que cet atelier est "une sorte de caveau tragique" où le froid est plus intense qu'à l'extérieur. On comprend aisément la colère de Mahoudeau envers cette misère permanente qui l'empêche de travailler : "Chienne de misère va ! Si ce n'est pas à se ficher à l'eau, que de ne pouvoir seulement acheter deux tringles !... ". À la fin du roman, il réussit tout de même à gagner un peu d'argent grâce un fabricant de bronzes d'art qui lui fait retoucher ses modèles.
Chaîne, un peintre, a, quant à lui, tout manqué successivement, les études, les concours et la pension de la ville. Ceci ne l'empêche pas de partir pour Paris où il s'allie à Mahoudeau afin de lutter contre la pauvreté. Vers la fin de sa vie, désespéré, il se tourne vers le commerce où, là non plus, il n'a pas de succès. Il reste tout de même convaincu de son talent, disant que seul l'argent lui avait manqué pour être un grand peintre.
Gagnère est un peintre passionné par la musique vivant à Paris. Il est assez pauvre et finit sa vie dans une maison à Melun accompagné par sa femme qui n'est autre que sa maîtresse de piano.
Dubuche, qui a pourtant réussi l'École des Beaux-Arts, rate sa vie. Il se marie avec Régine, une bourgeoise malade, qui donne naissance à deux enfants tellement chétifs qu'ils en devenaient handicapés. Il dit lui-même à Claude : "Adieu, tâche de t'en sortir... Moi, j'ai raté ma vie."
Jory, un journaliste avare, finit sa vie comme directeur de journal avec Mathilde qui le tient cloîtré despotiquement : "elle le nourrissait à crever de petits plats, l'abêtissait de pratiques amoureuses, le gorgeait de tout ce qu'il aimait, à un tel point, que lui, l'ancien coureur de trottoirs, l'avare qui ramassait ses plaisirs aux coins des bornes pour ne pas les payer, en était tombé à une domesticité de chien fidèle, donnant les clefs de son argent, ayant en poche de quoi acheter un cigare, les jours seulement où elle voulait bien lui laisser vingt sous". Il reste cependant "enfoncé dans sa jouissance".
Fagerolles, un peintre, abandonne ses amis d'enfance pour se faire un succès à part, sur leur dos, avec l'aide de Naudet. Au début, son affaire marche bien et, c'est ainsi qu'il occupe un hôtel luxueux qui "sentait la dette". Puis, au bout de quelque temps, sa peinture ne se vend plus et Naudet demande à être remboursé. C'est durant cette période qu'il perd son idéal : "Lui, qui, autrefois, affectait de cracher sur les commandes, en grand artiste débordé par les auteurs, il assiégeait l'administration de ses bassesses, depuis que sa peinture ne se vendait plus."
Naudet, un marchand de peinture sans scrupule, finit par être évincé de ce métier : "Naudet, dont les dépenses avaient grandi avec les gains, entraîné et englouti dans le mouvement fou qui était son œuvre".
Bongrand fut longtemps un maître respecté dans le domaine pictural, cependant, il perd peu à peu sa popularité et finit dans l'incognito le plus total : "En cette minute, le peintre dut avoir la conscience aiguë de sa fin."
Mathilde débute en tant qu'herboriste ruinée puis, elle endoctrine Jory et arrive ainsi au stade de fière bourgeoise mariée.
Irma, quant à elle, débute en tant que pauvre orpheline battue et finit en tant que riche bourgeoise admirée.
Sandoz, un écrivain, fait une ascension sociale progressive qui le conduit au stade d'homme aisé. En dépit de cette réussite socio-professionnelle, on constate que Sandoz émet des réserves quant à l'immortalité artistique espérée. De surcroît, il se plaint d'être esclave du travail, ajoutant que ce dernier lui a volé sa mère, sa femme, tous ceux qu'il aimait : "Parfois la sensation aiguë me vient que je leur rends les journées tristes, et j'en ai un grand remords, car le bonheur est uniquement fait de bonté, de franchise et de gaieté dans un ménage : mais est-ce que je puis m'échapper des pattes du monstre !... Seulement, il y a moi, et moi, je m'accable, je me désole à ne plus vivre une minute heureux." Enfin, on peut noter la discussion qu'il tient avec Bongrand lors de l'enterrement de Claude : "Au moins, en voilà un qui a été logique et brave, continua Sandoz. Il a avoué son impuissance et il s'est tué. - C'est vrai, dit Bongrand. Si nous ne tenions pas si fort à nos peaux, nous ferions tous comme lui... N'est-ce pas ? - Ma foi, oui. Puisque nous ne pouvons rien créer, puisque nous ne sommes que des reproducteurs débiles, autant vaudrait-il nous casser la tête tout de suite." On constate donc que Sandoz regrette à la fois d'être esclave du travail et l'incapacité des artistes à faire du vrai.


Zola met ses théories en abîme par l'intermédiaire de son "double" : Sandoz.

On peut lire " Non, non, on ne sait pas, il faudrait savoir... Moi, chaque fois qu'un professeur a voulu m'imposer une vérité, j'ai eu une révolte de défiance, en songeant : "Il se trompe ou il me trompe." Leurs idées m'exaspèrent, il me semble que la vérité est plus large... Ah ! Que ce serait beau, si l'on donnait son existence entière à une œuvre, où l'on tâcherait de mettre les choses, les bêtes, les hommes, l'arche immense ! ". On constate qu'ici, Sandoz est le porte-parole de Zola qui est le fondateur du naturalisme.
De surcroît une idée de Sandoz est évoquée : "D'abord épris des besognes géantes, il avait eu le projet d'une genèse de l'univers, en trois phases : la création, rétablie d'après la science ; l'histoire de l'humanité, arrivant à son heure jouer son rôle, dans la chaîne des êtres ; l'avenir, les êtres se succédant toujours, achevant de créer le monde, par le travail sans fin de la vie." On sait que Zola avait conçu l'idée, en 1864, d'un vaste poème : "la chaîne des êtres".
Zola nous transmet ses idées par l'intermédiaire de Sandoz lorsqu'il dit : "Hein ? étudier l'homme tel qu'il est, non plus leur pantin métaphysique, mais l'homme physiologique, déterminé par le milieu, agissant sous le jeu de tous ses organes... N'est-ce pas une farce que cette étude continue et exclusive de la fonction du cerveau, sous le prétexte que le cerveau est l'organe noble ?.... La pensée, la pensée, eh ! tonnerre de Dieu ! la pensée est le produit du corps entier. Faites donc penser un cerveau tout seul, voyez donc ce que devient la noblesse du cerveau, quand le ventre est malade !... Non, c'est imbécile, la philosophie n'y est plus, la science n'y est plus, nous sommes des positivistes, des évolutionnistes, et nous garderions le mannequin littéraire des temps classiques, et nous continuerions à dévider les cheveux emmêlés de la raison pure ! Qui dit psychologue dit traître à la vérité. D'ailleurs, physiologie, psychologie, cela ne signifie rien : l'une a pénétré l'autre, toutes deux ne sont qu'une aujourd'hui, le mécanisme de l'homme aboutissant à la somme totale de ses fonctions... Ah ! la formule est là, notre révolution moderne n'a pas d'autre base, c'est la mort fatale de l'antique société, c'est la naissance d'une société nouvelle, et c'est nécessairement la poussée d'un nouvel art, dans ce nouveau terrain... Oui, on verra, on verra la littérature qui va germer pour le prochain siècle de science et de démocratie ! "
Enfin, tout comme Zola a écrit la théorie suivante : "Tous les grands créateurs ont rencontré au début de leur carrière une forte résistance ; c'est une règle absolue, qui n'admet pas d'exception", Sandoz énonce ceci : "Mais l'insulte est saine, c'est une mâle école que l'impopularité, rien ne vaut, pour vous entretenir en souplesse et en force, la huée des imbéciles."


On peut donc tirer de cette étude détaillée que "L'Œuvre" peut être considérée comme un roman naturaliste dans la mesure où Zola utilise ce roman pour enregistrer, par l'observation et l'expérimentation, les lois de la nature sociale. De plus, Zola montre, dans ce livre, un intérêt marqué pour les classes populaires, le corps, l'hérédité et les pulsions. Enfin, Zola, tout en mettant ses idées en abîme, fait de ce roman une réaction contre l'idéalisation romantique, une description du milieu social et de ses mœurs ainsi qu'une satire des valeurs bourgeoises. Cependant, il semble que le roman naturaliste est réducteur étant donné qu'il est impossible de dire "Rien que la vérité et toute la vérité" et d'éliminer ainsi toute forme d'imagination et de mise en scène. C'est ainsi que Maupassant dit ceci : "Faire vrai consiste à donner l'illusion complète du vrai" et qu'il conclut : "Les réalistes de talents devraient s'appeler plutôt illusionnistes."


Plan de l'étude

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