Plein Air 1863

"C'était une toile de cinq mètres sur trois... dans un trou de forêt, aux murs épais de verdure, tombait une ondée de soleil ; seule, à gauche, une allée sombre s'enfonçait avec une tache de lumière, très loin.là sur l'herbe, au milieu des végétations de Juin, une femme nue était couchée un bras sous la tête, enflant la gorge ; et elle souriait, sans regard, les paupières closes, dans la pluie d'or qui la baignait. Au fond, deux autres petites femmes, une brune, une blonde, également nues luttaient en riant, détachaient, parmi les verts des feuilles, deux adorables notes de chair. Et, comme au premier plan, le peintre avait eu besoin d'une opposition noire, il s'était bonnement satisfait, en y asseyant un monsieur, vêtu d'un simple veston de velours..."

 

Scandale de Plein Air

"on ne comprenait pas, on trouvait cela insensé... voilà la dame a trop chaud, tandis que le monsieur a mis sa veste de velours de peur d'un rhume... les chairs sont bleues, les arbres sont bleus, pour sûr qu'il l'a passé au bleu son tableau ! Ceux qui ne riaient pas entraient en fureur : ce bleuissement, cette notation nouvelle de la lumière semblaient une insulte... Plein air, ce fut autour de lui une reprise formidable des cris, des huées... plein air, oh ! oui plein air, le ventre à l'air, tout en l'air, tra la laire ! Cela tournait au scandale... la foule grossissant exprimant toute la somme d'âneries, de réflexions saugrenues, de ricanements stupides et mauvais que la vue d'une oeuvre originale peut tirer à l'imbécillité bourgeoise."

"Que voulez-vous ? Je l'avais prévenu que le public ne comprendrait pas. C'est cochon, oui, vous avez beau dire c'est cochon ! (Dubuche)

Ils ont hué Delacroix, ils ont hué Courbet. (Sandoz)

Et ils sifflent Wagner, ce sont les mêmes ! "

 

 

Déjeuner 1876

"il retrouvait son Plein Air dans ce Déjeuner, la même note blonde, la même formule d'art mais combien adoucie, truquée, gâtée, arrangée avec une adresse infinie pour les satisfactions basses du public. Fagerolles n'avait pas commis la faute de mettre ses trois femmes nues ; seulement dans leurs toilettes osées de mondaines, il les avait déshabillées, l'une montrant sa gorge sous la dentelle transparente du corsage, l'autre découvrant sa jambe droite jusqu'au genou, la troisième vêtue d'une robe si étroitement ajustée qu'elle en était troublante d'indécence, avec sa croupe tendue de cavale. Quant aux deux messieurs galants en vestons de campagne, ils réalisaient le rêve du distingué... l'habileté suprême était dans cette forfanterie d'audace, dans cette force menteuse qui bousculait juste assez la foule pour la faire se pâmer. Une tempête dans un pot de crème."

 

Le triomphe du Déjeuner

"tout de suite, il reconnut les gens qui l'avaient hué... il y avait des émerveillements béats, étonnés, profonds, gais, austères, des sourires inconscients, des airs mourants de tête... les mêmes bouches rondes, les mêmes yeux ronds de ravissement imbécile."

"regarde, tu devrais être fier, car c'est toi le véritable triomphateur du salon cette année. Il n'y a pas que Fagerolles qui te pille, tous maintenant t'imitent, tu les as révolutionnés depuis ton Plein air dont ils ont tant ri....Regarde ! en voilà encore un de Plein air, en voilà un autre, et ici et là-bas, tous, tous !"

"l'art de demain sera le tien, tu les as tous faits."

"qu'est-ce que ça me fout de les avoir faits, si je ne me suis pas fait moi-même."

(il est) "le précurseur qui sème l'idée sans récolter la gloire."

 

Comparons deux tableaux

Plein Air 1863

" C'était une toile de cinq mètres sur trois... dans un trou de forêt, aux murs épais de verdure, tombait une ondée de soleil ; seule, à gauche, une allée sombre s'enfonçait avec une tache de lumière, très loin.là sur l'herbe, au milieu des végétations de juin, une femme nue était couchée un bras sous la tête, enflant la gorge ; et elle souriait, sans regard, les paupières closes, dans la pluie d'or qui la baignait. Au fond, deux autres petites femmes, une brune, une blonde, également nues luttaient en riant, détachaient, parmi les verts des feuilles, deux adorables notes de chair. Et, comme au premier plan, le peintre avait eu besoin d'une opposition noire, il s'était bonnement satisfait, en y asseyant un monsieur, vêtu d'un simple veston de velours...."

Scandale de Plein Air

"on ne comprenait pas, on trouvait cela insensé...voilà la dame a trop chaud, tandis que le monsieur a mis sa veste de velours de peur d'un rhume....les chairs sont bleues, les arbres sont bleus, pour sûr qu'il l'a passé au bleu son tableau ! Ceux qui ne riaient pas entraient en fureur : ce bleuissement, cette notation nouvelle de la lumière semblaient une insulte...Plein air, ce fut autour de lui une reprise formidable des cris, des huées... plein air, oh ! oui plein air, le ventre à l'air, tout en l'air, tra la laire ! Cela tournait au scandale... la foule grossissant exprimant toute la somme d'âneries, de réflexions saugrenues, de ricanements stupides et mauvais que la vue d'une oeuvre originale peut tirer à l'imbécillité bourgeoise."

"Que voulez-vous ? Je l'avais prévenu que le public ne comprendrait pas. C'est cochon, oui, vous avez beau dire c'est cochon ! (Dubuche)

Ils ont hué Delacroix, ils ont hué Courbet. (Sandoz)

Et ils sifflent Wagner, ce sont les mêmes ! "

L'Enfant mort 1876

" il alla prendre une petite toile, commença une étude de l'enfant mort... ce dessin exagéré de la tête, ce ton de cire des chairs, ces yeux pareils à des trous sur le vide..."et là-haut, au milieu de ces voisinages blafards, la petite toile éclatait férocement, dans une grimace douloureuse de monstre. Le misérable petit cadavre n'était plus à cette distance qu'une confusion de chairs, la carcasse échouée de quelque bête informe...ces pauvres mains tordues sur les linges, comme des pattes rétractées d'oiseau tué par le froid."

L'indifférence

"Ah ! les insultes de jadis, les moqueries les indignations, non plus rien, pas même un crachat au passage : c'était la mort. Tous ces gens passaient sous le petit Jacques, et pas un ne levait la tête...tout, plutôt que cette torture du silence !

après vingt années de passion, aboutir à ça, à cette pauvre chose sinistre, toute petite, inaperçue, d'une navrante mélancolie dans son isolement de pestiférée."

Fagerolles (sans le voir) : "Oui, j'ai vu son enfant crevé. Ah le pauvre bougre, quelle fin ! "

Plan de l'étude

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