Tableau impressionniste : Paris, la nuit

C'était une nuit d'hiver au ciel brouillé, d'un noir de suie qu'une bise soufflant de l'ouest, rendait très froide. Paris allumé s'était endormi, il n'y avait plus là que la vie des becs de gaz, des taches rondes qui scintillaient, qui se rapetissaient pour n'être, au loin, qu'une poussière d'étoiles fxes. D'abord, les quais se déroulaient, avec leur double rang de perles lumineuses, dont la réverbération éclairait d'une lueur les façades des premiers plans, à gauche, les maisons du quai du Louvre, à droite, les deux ailes de l'Institut, masses confuses de bâtiments et de bâtisses qui se perdaient ensuite en un redoublement d'ombre, piqué des étincelles lointaines. Puis entre ces cordons fuyant à perte de vue, les ponts jetaient des barres de lumières, de plus en plus minces, faites chacune d'une traînée de paillettes, par groupes et commes suspendues. Et là, dans la Seine éclatait la splendeur nocturne de l'eau vivante des villes, chaque bec de gaz reflétait sa flamme, un noyau qui s'allongeait en une queue de comète. Les plus proches, se confondaient, incendiaient le courant de larges éventails de braise, réguliers et symétriques ; les plus reculés, sous les ponts, n'étaient que des petites touches de feu immobiles. Mais les grandes queues embrasées vivaient, remuantes à mesure qu'elles s'étalaient, noir et or, d'un continuel frissonnement d'écailles où l'on sentait la coulée infinie de l'eau. Toute la Seine en était allumée comme d'une fête intérieure, d'une féérie mystérieuse et profonde, faisant passer des valses derrière les vitres rougeoyantes du fleuve. En haut, au-dessus de cet incendie, au-dessus des quais étoilés, il y avait dans le ciel sans astres une rouge nuée, l'exhalaison chaude et phosphorescente qui, chaque nuit, met au sommeil de la ville une crête de volcan.

Commentaire :

Pistes de lecture

Lecture n°4 : Paris, la nuit

Claude désespéré contemple Paris, la nuit. Son regard de peintre transfigure le monde.

Zola : "je n'ai pas seulement soutenu les impressionnistes, je les ai traduits en littérature par les touches, notes, colorations de beaucoup de mes descriptions"

Cette citation nous fonde à analyser d'une part cette page comme un tableau, d'autre part à dégager les "impressions"de Claude.

I - Une description construite comme un tableau

Zola comme Baudelaire ou plus tard Apollinaire est un amoureux de Paris et Claude apparaît dans le roman comme un flâneur sans cesse émerveillé par la

Seine et le paysage urbain.

Sujet : les reflets des becs de gaz dans la Seine

a) cadre

spatio : Bords de Seine, les quais du Louvre, les ponts, l'Institut

temporel : nuit d'hiver, ciel brouillé, bise soufflant de l'ouest

b) la composition du tableau

premier plan : la Seine personnifiée : "l'eau vivante des villes"

seconds plans et arrière plans : les plus proches... les plus reculés

autres repères : à gauche... à droite... en haut... au-dessus

perspective et point de fuite : ponts de plus en plus minces qui se rapetissaient ; monuments qui se perdaient

 

II - Métamorphose du réel par le regard de l'artiste

Le paysage est vu à travers le regard de peintre de Claude qui contemple "la splendeur nocturne". Le thème des jeux de la lumière et de l'eau est un thème

éminemment impressionniste

a) les jeux de l'ombre et de la lumière

la palette du peintre

- noir : noir de suie, redoublement d'ombres

- or : allumé, scintillaient, perles lumineuses, éclairait d'une lueur,étincelles, braises de lumière, flamme, incendiaient de braises, rougeoyant, rouge nuée.

Paradoxalement la nuit met en valeur les lumières.

Claude est sensible aux reflets "réverbération, reflétait" de la lumière et à sa décomposition : "frissonnement d'écailles" due au courant

b) la recréation du monde par l'imagination

- la métaphore de l'incendie : "étincelle, flamme, incendiaient, braise, allumée, " va crescendo jusqu'au mot "volcan" - le monde féérique : "féérie mystérieuse et profonde"

traînée de paillettes.... perles lumineuses...valses derrière les vitres rougeoyantes du fleuve

on a l'impression qu'une fête mystérieuse se déroule au delà de la surface des choses

Conclusion

Insister sur le contraste entre le début du texte et la fin.

Claude, de plus en plus solitaire, va être visité par la tentation du suicide par noyade

Rapprocher cette description du tableau de Van Gogh : Nuit étoilée sur le Rhône

Plan de l'étude

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