Migrations bretonnes  : contextes et repères historiques

séance de travail aux Archives d'Ille-et-Vilaine

l - Depuis les années 1880, le conflit entre l'Eglise et la République a été ravivé par :

- l'affaire Dreyfus
- le comportement conservateur des congrégations et de la presse catholique.

Au début du XXe siècle, la question religieuse est au coeur de la vie politique et provoque des incidents multiples. Les radicaux, antidéricaux, accusent les congrégations religieuses d'élever la jeunesse dans l'hostilité aux principes républicains.

De 1899 à 1905 une série de lois sont adoptées :

• Sous le gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1902)
1901 : Loi sur les associations (juillet) qui peuvent se fonder librement sauf pour les congrégations religieuses qui doivent solliciter une autorisation.

• Sous le gouvernement d'Emile Combes (1902-1905) : lutte anticléricale et laïcisation.
Elle s'exprime à travers le refus des autorisations demandées par les congrégations religieuses, la fermeture d'établissements scolaires, l'expulsion des congrégations.
1904 : Loi interdisant l'enseignement aux membres des congrégations

1904 : Rupture des relations diplomatiques avec le Vatican
1905 : Loi de séparation de l'Eglise et de l'État :

- qui garantit la liberté des cultes
- par laquelle l'Etat ne rétribue plus aucun culte
- qui stipule que les biens ecclésiastiques (sauf les objets du culte) deviennent propriété de l'Etat, ce qui oblige les pouvoirs publics à procéder à l'inventaire des biens des Eglises.

 La division des catholiques devant la loi de séparation de l'Eglise et de I'Etat :
Les uns sont pour un respect de la loi républicaine, son acceptation.
D'autres entrent en résistanœ, encouragés par la condamnation sans appel de la loi par le pape. Ce qui donne lieu à de nombreux incidents lors des inventaires, parfois graves voire violents comme dans les départements de l'Ouest ou de la bordure orientale du Massif Central où le clergé est très influent. Les fidèles cherchent alors à empêcher les inventaires et s'affrontent aux forces de l'ordre.
 

2 - La politique coloniale de la France en Algérie

• La conquête militaire de l'Algérie par la France débute en juillet 1830 par la prise d'Alger. Sous la conduite d'Abd el Kader éclate, dès 1834 un premier soulèvement contre la présence française, suivi d'un second en 1847. La Conquête du territoire (dite " pacification ") se poursuivra jusqu'en 1857.

• Le statut : à partir de la Seconde République, l'Algérie est partie intégrante du territoire français ("Deuxième France"). Elle est divisée en trois départements (Alger, Oran, Constantine) dirigés directement depuis les ministères parisiens.

La colonisation agricole : elle se fait au détriment des Algériens dépossédés de leurs terres.

Au total, en 1914, la colonisation officielle a créé 700 villages dont l'Etat a pris en charge les infrastructures (terrassements, voirie, maisons). Elle a distribué environ 2 millions d'ha de terres (120 000 ha de 1891 à 1900, 200 000 de 1901 à 1914) à des immigrants de nationalité française, à condition qu'ils résident sur leur exploitation et la mettent en valeur.
 

Les colons
La colonisation est accompagnée d'un effort considérable des autorités françaises en faveur de l'immigration en Algérie qui deviendra une colonie de peuplement. C'est ainsi que la population d'origine européenne, qui comptait 25 000 individus en 1840, va tripler entre 1872 (245 000) et 1914 (750 000) ce qui correspond à environ 300 000 arrivées.

Qui sont ces immigrants ?

- Des Français dont quelques milliers d'Alsaciens-Lorrains (1183 familles après 1871) mais aussi des migrants originaires des départements du sud de la France (sud du Massif Central, Midi -populations chassées par la crise du phylloxéra -, Corse). Il faut également mentionner les "transportés".

- D'autres Européens (surtout des Espagnols -150 000 en 1889-, des Italiens, des Maltais ...) qui peuvent connaître des problèmes d'assimilation. En 1886 ils seront aussi nombreux que les Français et auront, à partir de 1889 l'acquisition automatique de la nationalité française.

La plupart des colons sont d'origine citadine. Ils s'adaptent difficilement à la vie rurale. Aussi, sur la période 1871-1895, 61% de ceux qui avaient obtenu un lot de terre l'ont revendu ; sur les 1183 familles d'Alsaciens-Lorrains, seules 387 sont restées sur leurs terres. Ils s'installent alors dans les villes : au début du XXe siècle la population d'origine européenne est urbaine à 60-70%.
 

3 - Mesure et nature de l'émigration bretonne

Jusqu'au recensement de 1911, la population bretonne augmente pour atteindre alors 3 271 700 individus. Mais le rythme de la croissance diminue (le gain de 233 000 habitants de 1850 à 1875 n'est plus que de 185 000 de 1875 à 1900). Alors que l'accroissement naturel se maintient, les départs définitifs s'accroissent. De 1871 à 1911, sans compter la Loire-Inférieure, le gain brut de population aurait du être de 667 000 habitants alors qu'il n'a atteint que 145 000 : plus de 500 000 Bretons ont donc émigré.

Bien que cette émigration se fasse essentiellement dans l'hexagone elle se dirige également hors de France. En 1885 se produisit un premier départ vers le Canada. Des immigrants bretons y fondent en 1905 la paroisse de St-Brieux (Saskatchewan). Dans la région de Gourin-Le Faouët l'émigration devient massive. Les migrants se dirigent également vers les Etats-Unis. Par contre, les appels répétés du gouvernement en faveur de la colonisation de l'Algérie ne seront guère entendus.
 


Lexique:

Anticléricalisme insiste sur la nécessaire séparation du religieux et du profane. Il exige l'indépendance absolue de l'Etat à l'égard des Eglises. Il revendique la liberté de conscience individuelle.

Colonisation agricole : Fait d'annexer des terres de pays colonisés à des fins d'exploitation agricole..

Congrégation : Communauté ou ordre de religieux ou religieuses. Donne l'adjectif congréganiste utilisé également pour désigner les membres d'une congrégation.

Inventaire : A la suite de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (9 décembre 1905), les biens de l'Eglise devaient être attribués à des "associations culturelles". Il fallait donc en faire l'inventaire. Ce fut souvent à l'origine de violents incidents entre de fervants catholiques qui considéraient que c'était une spoliation et les forces de l'ordre chargées de procéder aux inventaires. De fait, en 1906, les biens des églises paroissiales seront remis aux communes tenues de les entretenir.

Laïciser : Action qui consiste à écarter tout esprit confessionnel des actions publiques, à séparer les affaires civiles des affaires religieuses..

Pacificateur : Qui rétablit l'ordre, réduit la rébellion dans un pays

Phylloxéra : Maladie de la vigne provoquée par un insecte hémiptère dit le phylloxéra. Elle apparut en France en 1865 suite à l'importation de ceps d'origine nord-américaine et fit des ravages dans le vignoble du midi.

Rétribuer : Donner quelque chose, en général de l'argent, en contrepartie d'un travail ou d' un service.

Séquestre : Confiscation de biens au profit de l'Etat.

Stipuler : Enoncer une condition dans un contrat, un acte.

Transporté : Personne condamnée à de lourdes peines et envoyée hors du territoire métropolitain : Nouvelle-Calédonie, Guyane, Algérie.

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