Des populations réfugiées dans la ville : quel accueil, quelle insertion ? L'exemple des Hmongs

Sommaire

Introduction, problématique
1 - Les routes et les formes de l'exil
2 - Une communauté en quête d'insertion

2.1 - Leur culture : chance ou obstacle ?
2.2 - Les effets de l'exil
2.3 - Aujourd'hui

3 - Les politiques d'intégration mises en place par Rennes
Conclusion

 

Introduction

Les Hmongs, originaires de Chine du Nord, forment un groupe ethnique* du Laos dont un certain nombre se sont réfugié en France, après la prise de pouvoir par le Pathet Lao en 1975 à Ventiane. De 1975 à 1982, près de 400 000 Laotiens fuient le Laos ; ils représentent alors 10% de la population totale. Ils sont entre 85 000 et 120 000 à émigrer vers des pays occidentaux, dont 8000 vers la France. A travers leur position de refugiés, les Hmongs vont-ils réussir à s'intégrer dans leur pays d'accueil, à Rennes entre autre, et comment ?



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Ils ont une culture très différente de la culture française. En effet, les Hmongs n'ont pas de tradition écrite. Leur langue se rapproche du Chinois. Ils sont à l'origine de religion animiste*, mais beaucoup se sont convertis au christianisme. Il existe différentes ethnies Hmongs : les Hmongs "blanc", les Hmongs "Sing". Entre 1920 et 1945, les Hmong ont connu une période de prospérité. Ils prenaient goût à la culture du pavot et au commerce. Les Hmongs, les Lao, les Chinois et une partie de la population indochinoise s'échangeaient leurs produits artisanaux et leur opium contre du sel, des tissus, des chaussures et de la poudre. Ils participaient à la vie économique de chaque région mais n'avaient pas accès aux écoles publiques et à l'administration car ils n'appartenaient à aucun Etat et aussi car leur mode de vie les éloignait des agglomérations. Pendant un demi-siècle, les Hmongs, obéissaient tantôt à l'administration locale lao, tantôt à l'administration coloniale française. Les forces françaises apportaient dans le pays l'idée de justice et une égalité entre les populations indigènes. L'année 1945 fut un tournant décisif pour l'avenir des Hmongs qui devaient choisir entre la Monarchie Lao soutenue par la France Libre et le Mouvement indépendantiste Lao-Issara soutenu par le Viet-Minh et par l'impérialisme japonais*. Les Hmongs, ont choisi la Monarchie Lao et la France Libre. A partir de cet instant ils sont devenus les ennemis des communistes lao. Après les Accords de Genève de 1954, la France quitta définitivement le Laos : l'émigration commença

Le Laos en Indochine : carte du site de l'ONU (juillet 1999)


1 - Les routes et les formes de l'exil

Les Hmongs ont été répartis provisoirement dans toute la France au sein de centres d’accueil après leur migration. Le gouvernement pensait que cette population (ayant des origines semi-nomades et vivant de l’agriculture) serait mieux insérée dans le milieu rural. Les hmongs se sont donc installés dans le Limousin, les Cévennes, la Corrèze, des zones rurales défavorisées qui souffraient d’un manque de main d’œuvre important. Cependant, ce fût un échec car les Hmong ne supportaient pas l’isolement dans les campagnes. Ils voulaient vivre regroupés en communautés comme dans leur pays d’origine. La première solution fût de les diriger vers les petites structures telles que les PME ou les PMI. Mais c’était encore un échec car les emplois proposés ne leur convenaient pas : ils ne supportaient pas la structure paternaliste des petites entreprises. En effet les relations de proximité du paternalisme les choquaient car ils ne savaient pas comment s’adresser au patron sans que les deux protagonistes de la discussion ne perdent la face. Ils ont donc préféré se diriger vers les grandes entreprises tel que Michelin car cela leur permettait d’exercer une attitude de réserve ou de repli. Parallèlement, les Hmongs pratiquaient l’aide réciproque dans l’univers du travail. Ils pensaient que le travail était un échange de don et de contre don qui permettait d’éviter les conflits. Or, les usines mettaient en scène une autre rationalité : c’était le domaine de la division du travail qui était basée sur l’emploi et la gestion du temps. Le travail provoqua un sentiment d’aliénation, de perte d’identité chez cette population. L’exil ne fût pas un drame pour les Hmongs puisqu’ils n’avaient pas tout perdu . En effet, de nouvelles relations inter et intra-ethniques avec d’autres asiatiques se sont crées.

2 - Une communauté en quête d'insertion

Leur culture : chance ou obstacle ?

A travers leur position de réfugiés, les Hmong ont découvert de nouvelles formes de reconnaissance inter-ethnique. Les Hmongs constituent une société acéphale, en effet il n’y a pas de chefferie stable. Le pouvoir passe par le système de parenté et les clans laotiens sont patrilinéaires et exogamiques. Cette société est égalitaire et ne possède pas de structure pyramidale. En ce qui concerne le langage, Il n’existe pas de terme qui marque une supériorité ou une infériorité. D’autre part, il n’y a pas de religion culturelle bien déterminée comme le bouddhisme qui est pratiqué au Laos. Leurs croyances s’organisent autour de rites chamaniques et funéraires. La reproduction de ce groupe ethnique est assurée par la transmission de l'âme vitale à travers des générations alternées assure la reproduction symbolique de ce groupe ethnique non territorial.



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Les effets de l'exil - Les problèmes et les attentes déçus :

L’exil produit un certain nivellement social. Les Hmong vont connaître une nouvelle différenciation sociale. En raison de leur soutien à la politique française, puis américaine, certains Hmong avaient peu a peu acquis une position privilégiée au Laos. L’exil a changé toutes les positions des hommes ayant de l'autorité. Les Hmong abordent un monde du travail très éloigné de leur mentalité , leur conception propre du travail a changé. Pour eux , le travail est un échange de service. Ils travaillent donc pour la France afin de la remercier de son hospitalité. On se situe dans le système du don, et du contre-don. Mais cette logique de réciprocité ne fonctionne pas dans le système de travail occidental.

Ils attendent de leur travail une reconnaissance sociale qui ne vient pas, au contraire. Ils sont de plus en plus perçus comme des immigrés et non comme réfugiés. Peu à peu la question du sens de leur travail se pose. Ils prennent peu à peu conscience de « faire le serviteur, l'esclave du français ». Ils se découvrent être dans la catégorie des Khmou et perdent leur identité d'hommes libres. Leur prise de conscience les conduit à prendre en compte la culture ouvrière et ils passent progressivement d'une culture ethnique à une culture de classe.


Aujourd'hui

Aujourd'hui les Hmongs se trouvent éparpillés aux quatre coins du monde et font partie des 80 peuples les plus menacés sur la planète. Sur le plan matériel ils arrivent à s'en sortir et à se suffire malgré un fort taux de chômage qui les frappe encore assez cruellement. Mais sur le plan social, culturel et spirituel, l'inquiétude grandit. Il est même permis de penser que, bientôt, il n'y aura plus de Hmong sur la planète en tant que peuple avec sa culture et ses originalités propres. En terres étrangères les Hmong ne trouvent plus d'espaces pour pratiquer leurs coutumes et leurs rites ou encore simplement pour enterrer leurs morts. Les enfants ne parlent plus leur langue maternelle et n'écoutent plus les parents. La morale et les bonnes moeurs disparaissent. La délinquance arrive aux portes de chaque foyer. Le concubinage, l'adultère, le divorce, le sexe se répandent. Le mariage devant Monsieur le Maire devient l'exception. Le coeur des Hmong saigne . Ils souhaitent ardemment retourner dans leurs foyers d'origine où ils espèrent redevenir des hommes libres dans un pays qui leur appartient. Certains vivent très au dessous du seuil de la pauvreté, mais ils préfèrent encore la faim et la misère à l'absence de liberté. En terres étrangères civilisées ou en pays d'accueil libres, il y a de l'avenir pour chaque Hmong comme il y a de l'avenir pour chaque lao ou pour chaque thaï-dam, pris individuellement



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3 - Les politiques d'intégration mises en œuvre par Rennes.

A Rennes, ville moyenne de l’Ouest de la France, peu industrialisée et située dans une région qui n’a jamais accueilli beaucoup d’immigrants, l’installation de 500 à 600 Laotiens (soit une centaine de famille arrivée surtout entre 1977 et 1983 ) est directement liée à la politique d'accueil des réfugiés d'Asie du Sud - Est impulsée par l'état français à partir de 1975. Cette politique qui visait la dispersion des nouveaux venus par crainte de regroupements ethniques, a encouragé la création de foyers d'accueil de demandeurs d'asile appelés Centres Provisoires d'Hébergement ( C. P. H ) . Ainsi, 1600 réfugiés Hmongs ont été préalablement accueillis aux C. P. H de Rennes. Ceux-ci ont été attirés par des emplois chez Michelin ou dans l'industrie électronique et par un tissu industriel dense et ancien. Cette même politique à contribué à l'installation des familles dans des logements sociaux situés dans les différents quartiers périphériques les plus pauvres de Rennes, sans qu'aucun regroupement ou aucune concentration résidentielle ethnique n'existe.



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Cette dispersion ne signifie pas un isolement, bien au contraire, une sociabilité dense réunit les familles Lao. Des sous-groupes se sont constitués par affinités et donnent lieu à échanges de services, invitations, fêtes familiales, aide pour la recherche d’emploi ou soutien moral ainsi qu’à l’organisation des soirées, de cérémonies religieuses. Ces relations sont relayées à l’échelon de la collectivité toute entière par une association qui parvient à remplir plusieurs objectifs complémentaires : organiser tant bien que mal le culte bouddhique au temple local (vat), organiser des fêtes laïques et religieuses auxquelles sont conviés des Lao d’autres régions mais aussi de nombreux Français ( pique-niques, fête du Nouvel An, tournois sportifs, etc…), favoriser l’expression artistique lao avec un groupe de musique traditionnelle et une troupe de jeunes danseuses, assurer un service social et d’aide administrative destiné notamment aux familles les plus démunies et aux personnes trop âgées pour trouver un emploi, assurer la représentation de la collectivité auprès des instances et élites politiques ou administratives locales, etc…Cette complétude des activités et des fonctions de l’association, couplée à une vie relationnelle riche entre familles, ne signifie pas que la collectivité lao offre le visage parfaitement paisible et lisse d’une « communauté » cohésive et homogène. Ce sont, bien sûr, les plus compétents en Français et les mieux lotis sur le plan professionnel qui prennent en main les activités. Des conflits existent également et, loin de freiner l’adaptation au changement, témoignent du dynamisme collectif : on discute de l’avenir des enfants ,de l’attitude à adopter à l’égard des français, de ce qui fait la spécificité de l’identité Lao, des attitudes et valeurs collectivement acceptables. Mais il s’est formé une dynamique collective qui échappe en bonne partie à la reproduction des anciens rapports hiérarchiques entre une élite souvent corrompue de haut fonctionnaires et le reste de la population. Ce sont les classes moyennes qui ont, dans la migration, en quelque sorte pris le pouvoir au sein de la collectivité ethnique. La constitution de ce groupe et la solidarité entre ses membres ne s’expliquent pas, ou pas seulement, par une tradition culturelle propre. Le contexte breton et rennais y concours aussi pour une bonne part . Ainsi dans cette ville qui ne compte qu’un peu plus de 4% d’étrangers, le catholicisme social influançant de longue date les pouvoirs de centre-droit, aboutit à un climat social assez propice à l'expression de la diversité. Les tours H.L.M qu'habitent les lao aux côtés de nombreux autres, ne génèrent pas, comme ailleurs, des problèmes de voisinage. Les équipements de proximité dans les quartiers et surtout la politique sociale de la municipalité favorisent, si ce n'est le brassage de la population, au moins une certaine coexistence entre les divers milieux sociaux et culturels. On ne peut toujours parler d'esprit de tolérance mais au moins d'une placide indifférence de la population à l'égard des autres. Dans ce contexte, les lao ont pu obtenir de la municipalité un local pour y aménager une pagode bouddhique.



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Annexes

Témoignage :

Réponses à un questionnaire remis à une famille immigrée d'Indochine :

La migration :
> Etait- ce une migration volontaire ou forcée ? Si elle était forcée, quelles en étaient les causes ?
<
notre migration était forcée pour fuire la guerre contre le communisme.
> Avez - vous migré seul ou en famille ?
<
Nous avons migré en famille.
> Quelles étaient les conditions de vie durant la migration ?
<
La migration s'est bien passée, nous avons pris l'avion
> Pourquoi avez - vous choisi la Bretagne et en particulier Rennes plutôt qu'une autre ville ?

< Une fois que nous sommes arrivés à Paris, la ville a été choisie par hasard.

L'accueil et l'intégration :
> Avez - vous été bien accueillis
?
<
Oui, très bien.
> Avez - vous connu des rejets à votre arrivée ?
<
Non, aucun.
> Qu'est ce que la ville de Rennes vous a t- elle apporté ?
<
Travail, sécurité, liberté et tranquilité.
> Vous a t- elle aidé a trouver un emploi ou un logement ?
< Non
> Avez vous bénéficié des associations d'intégrations à Rennes ?
< Oui
> Avez - vous été dans un centre d'accueil pour les immigrants ?

< Oui, au foyer Guy Haust.

Et actuellement :
> Maintenant que vous êtes à Rennes, avez-vous une bonne situation sociale ?
<
Oui, une très bonne situation sociale.
> La politique d'intégration à Rennes vous a-t- elle semblée efficace ?
<
Oui, je pense.
> Avez - vous gardé vos cultures d'origine ?
<
Oui, nous célébrons les fêtes et nous faisons parti d' associations.
> La culture Française n'a - t elle pas été trop difficile à accepter ?
< Non
> Allez - vous de temps en temps dans les lieux de culte ?
< Oui, souvent

Vocabulaire

- Groupe ethnique: Groupe humain qui possède une stucture familiale, économique et sociale homogène et dont l'unité repose sur une communauté de langue et de culture.
- Religion animiste : religion qui attribue une âme aux animaux, aux phénomènes et aux objets naturels.
- Patrilinéaire : Qui ne prend en compte que l'ascendance paternelle, en parlant d'un mode de filiation ou d'organisation sociale.
- Exogamie : règle contraignant un individu à choisir son conjoint en dehors du groupe auquel il appartient.

Ressources documentaires, contacts

- Cédérom : encyclopédie Encarta
- Entretien avec Claude Carret, photographe
> Bibliographie :
- Laotiens en Armorique - Marie-José et Claude Carret - Collection Regards croisés - ASA Editions - Avril 2000
- Documentation des médiathèques de Pacé et Montfort sur Meu.

> Sitographie :
Le tour du monde des peuples en danger : http://www.ulg.ac.be/geoeco/lmg/competences/activites/dh_de_an.htm
- Réflexion sur l'avenir des Hmong au Laos : http://touxoua.lyfoung.free.fr/AvenirHmong.htm
- Remarques sur l'identité ethnique, les Hmongs : http://reynier.com/Anthro/Interethnique/Hmong.html

 

 
Les TPE en classe de Première ES2 au lycée Ile de France de Rennes
2000 - 2001 - Marie S. et Claire Le G.
Dernière mise à jour le : 22-05-2001