LA POIGNE A NICE
par les élèves des classes de CM1 et de CM2 suite à la venue de Thierry Jonquet

Quelle ne fut pas ma surprise en entrant chez
la mère Muzard!
Elle était en maillot deux pièces rose et jaune fluo ! Elle m'attendait debout
et je faillis m'évanouir en la voyant plissée comme une gaufrette... La
moustache avait disparu et les ongles de pieds étaient taillés.

" Il se passe quelque chose
? demandai-je.
- J'ai gagné un voyage à Nice pour deux dans un hôtel trois étoiles. Allez
chercher votre valise, Claude !
- Ma valise est sur moi, partons..."
Totor, devant cette drôle d'ambiance, pétait de joie dans tous les coins.
Nous voilà enfin arrivés à Nice !
Il était temps, car bien sue Totor ait été lavé avant le départ, il eut le
mal de l'air dans l'avion et son odeur reprit le dessus!
La mère Muzard monta dans sa chambre pendant que je partis chercher un coin
pour dormir à la belle étoile.
Le lendemain, quand je revins, je vis madame Muzard armée de son club de golf
avec un visage aussi menaçant que celui de Rambo avant la bagarre !
" Que se passe-t-il ?
- Une femme s'est fait kidnapper à trois chambres de la mienne. Mais par le
trou de la serrure, j'ai vu le ceinturon du ravisseur.
- Et alors ? demandai-je très excité.
- La boucle avait la forme d'une tête de mort.
CHAPITRE 2
Moi, Claude Lapoigne, Claudius Lapoignus pour les amis, autrefois professeur de latin; Claude le clochard,
l'ami de Totor le putois et de madame Muzard, je fus surpris en l' écoutant.
" Quoi ? repris-je, pourquoi avez-vous regardé par le trou de la serrure ?
- J'étais sur le point de m'endormir et j'ai entendu un cri. Je me suis levée
et j'ai voulu ouvrir la porte mais comme je suis méfiante, j'ai regardé par le
trou de la serrure et c'est là que j'ai vu le ceinturon.
Le matin, nous décidâmes d'aller visiter le vieux Nice avec ses ruelles
étroites, le marché aux fleurs, la place Masséna.
Comme il faisait chaud, l'après-midi nous allâmes à la plage en longeant la
Promenade des Anglais. il y avait beaucoup de monde à bronzer sur les galets
mais grâce à Totor quelques personnes fuirent en vitesse. La mère Muzard fit
un scandale en passant devant les personnes allongées en faisant sa belle avec
son maillot deux pièces rose et jaune fluo.
Cette journée ayant creusé l'appétit, il fallait que je trouve un moyen de le
boucher. J'avais cinquante francs pour acheter un poulet-frites et du vin. Je me
rendis à l'hôtel et je m'adressai au serveur. Il prit un air dégoûté devant
mes vêtements sales, troués et déchirés.
" Bonsoir, dis-je
- Bonsoir, monsieur.
- Je voudrais un poulet-frites et une bouteille de vin.
- Cela vous coûtera 150 F.
- Oh ! C'est trop cher. Alors je n'achète que le vin.
- Il vous reviendra à 50 F."
Je lui donnai mon billet, toute ma fortune. J'étais à présent ruiné.
Je revins vers la chambre de madame Muzard. J'entendis un bruit dans le couloir.
Je courus voir la mère Muzard, si rien ne s'était passé. Je reconnus le
kidnappeur avec sa boucle de ceinturon à tête de mort mais il avait une
cagoule sur la tête. Et je le vis avec sur l'épaule un grand sac dont la forme
me fit penser qu'il y avait une personne à l'intérieur.

Le directeur prévint la police : une autre femme s'était fait kidnapper à
la chambre 306 à deux chambres de la mère Muzard qui avait la 308. Elle
pensa qu'elle aussi allait y passer.
Dès que les flics me virent, ils crurent que c'était moi le kidnappeur car
j'étais un clochard. Ils m'interrogèrent sur le kidnapping et je leur dis que
ce n'était pas moi. Ils contrôlèrent mon alibi et comprirent que ce n'était
pas moi. Je racontai aux policiers que j'avais été professeur de latin et que
j'avais perdu mon travail quand ma femme était morte.
CHAPITRE 3
Le lendemain matin, madame
Muzard décida de rester au bord de la piscine de l'hôtel. Elle se tartina de
crème solaire et au bout de quelques heures, elle était bronzée comme une
écrevisse.
Les yeux des clients étant tous fixés sur elle, la mère Muzard se prit pour
Paméla Anderson qui aurait eu le flair de Colombo.
Je la rejoignis mais restai bien couvert car je n'aime ni les expositions au
soleil ni, bien sûr, les bains.
" Regardez, me dit la mère Muzard en chuchotant, le pantalon qui est sur
cette chaise a la même ceinturon que celui du kidnappeur !
- Attendons sans bouger pour voir le propriétaire de ce " fute".
- Et après, que fera-t-on ?
- Je...je n'ai aucun plan !
- Ce n'est pas très rassurant, faites un effort et réfléchissez !
- Pour cela , il faudrait que je boive un petit coup.
-Eh bien ! Allez donc boire un litre d'eau de la piscine ! s'esclaffa-t-elle.
- Marrant, dis-je vexé, vous avez dû faire l'école du rire...
- Tous à l'abri, le voilà !"
Malheureusement, l'homme se rhabilla de dos, nous cachant son visage. Nous le
suivîmes dans les rues du vieux Nice qui devenaient de plus en plus étroites.
En prenant mille précautions, il entra dans un entrepôt abandonné.
CHAPITRE 4
Avec la mère Muzard, nous fîmes le tour de
l'entrepôt et nous trouvâmes un conduit de ventilation qui ne fonctionnait
plus depuis plusieurs années. je dis : " Totor, monte dans ma poche et
vous madame Muzard, vous m'attendez là !
- Pourquoi ?
-De l'autre côté, il peut y avoir n'importe quoi... du danger ! "
Je rentrai dans le conduit de ventilation qui était très long et rempli de
toiles d'araignées. Derrière le mur, je découvris une chambre avec plein de
jouets. Dans le lit, un petit enfant dormait. Vite, je sortis de la chambre. je
compris que j'étais dans un loft.
C'est alors que Totor sortit de ma poche et s'enfuit dans l'appartement. Je le
suivis silencieusement. En passant devant une pièce, je vis l'homme prendre des
carnets d'école dans un cartable: cela me rappela mon ancien métier.
Totor m'entraîna dans la cuisine. Sur le buffet, je trouvai une photo
d'élèves en sortie scolaire à Paris. Le monsieur était parmi eux. C'était
donc un professeur. A côté de la photographie, un calendrier indiquait la date
du voyage : le même jour que le kidnapping de la première femme. le professeur
était donc innocent : il avait un bon alibi.
Tout à coup, une sonnerie retentit dans la cuisine..,le téléphone !
Je me cachais sous la table et je vis Totor sur une chaise en train de manger
des miettes de pain. je l'appelai doucement : " Totor, descends." Il
remonta dans ma poche au moment où le professeur vint répondre au téléphone.
j'attendis qu'il ait fini sa conversation et nous repartîmes discrètement par
où nous étions venus.
Pendant ce temps, une lettre était arrivée
à l'accueil de l'hôtel. le brigand réclamait une rançon d'un million de
francs et y avait glissé une mèche de cheveux de sa première victime.
Pour la nuit suivante, j'eus une idée folle : me cacher dans la lingerie pour
tendre un piège au ravisseur. Je voulais le prendre en flagrant délit. je
m'installai donc dans le placard dont je laissai la porte entrebaîllée, armé
d'un balai, prêt à tendre une embuscade. et c'était long ! Vers onze heures,
je m'endormis. un bruit suspect ma réveilla : des pas dans le couloir. Je mis
ma tête dans l'entrebâillement de la porte et... boum ! j'eus des petits
oiseaux plein la tête. on m'avait assommé. Quand je me réveillai le lendemain
matin, la porte 307 était grande ouverte, la chambre était vide et en
désordre. mais moi, je voyais encore trente-six chandelles...
Encore un peu dans les pommes, je me dirigeai
vers la réception et je fis appeler tout de suite Marc Lesonneur, le directeur
de l'hôtel.
- Le kidnappeur a enlevé une autre femme et il va sûrement recommencer. Il
faut appeler la police et vite lui dis-je.
- C'est horrible, il faut appeler la police, répéta-t-il stupidement.
Le chef de la police arriva et celui qui
paraissait être le chef dit :
- Bonjour, je suis le commissaire Dupont.
- Qu'est ce-qui se passe, ici ?
- Il y a eu un nouveau kidnapping : une autre femme a été enlevée, annonça
Lesonneur en colère. Je trouve que vous n'êtes jamais là quand on a besoin de
vous. Je ne suis pas content : il faut régler cette affaire et vite ! J'espère
que vous avancez dans votre enquête.
- Oui...oui... On fait de notre mieux pour les retrouver.
- J'espère, sinon je vais perdre de la clientèle ici. Et si vous ne retrouvez
pas ces femmes au plus vite, je me plaindrai !
- D'accord, on fera tout pour les retrouver.
Sachant que c'était la prochaine victime,
madame Muzard me supplia :
" Pouvez-vous dormir ce soir sur mon balcon, je me sentirai plus en
sécurité."
j'acceptai et allai m'installer dehors, pendant que la mère Muzard enfilait son
armure et se munissait de sa masse d'arme avant de se glisser dans son lit avec
des grincements horribles. La nuit venue, je n'entendis pas les bruits de lutte
dans la chambre car je ronflais comme une locomotive. Mais pour me
prévenir du danger, Totor " lâcha des bombes " sous mon nez, ce qui
me réveilla en sursaut. Quand j'entrai dans la chambre, je la trouvai vide !
Je me précipitai dans le couloir et vis un homme traîner un sac qui faisait du
bruit de casseroles. Je décidai de le suivre à distance pour découvrir son
repaire. Cette filature nous mena vite dans les sous-sols de l'hôtel. Soudain
je perdis sa trace et me retrouvai devant trois chemins possibles. Lequel
prendre ?
Heureusement que Totor et son flair légendaire allaient une fois de plus sauver
la situation !
Il reconnut le parfum " Poisson de Yves Saint-Rolland " que j'avais
offert à madame Muzard pour Noël. Il me prévint en couinant et en lâchant un
pet tonitruant pour m'obliger à le suivre. Je ne tardai pas à revoir l'homme
qui ouvrait la porte d'une cave. " C'est étrange, pensai-je, je crois le
reconnaître. On dirait le directeur de l'hôtel."
Je pensais bien que c'était Marc Lesonneur,
le directeur de l'hôtel, cet homme en noir avec une boucle de ceinturon à
tête de mort, malgré la cagoule qui lui couvrait le visage.
Je me cachai dans une autre cave et attendis. Quelques minutes plus tard,
l'homme
ressortit de la cave. J'attendis quelques minutes et sortis mon fidèle couteau
suisse de ma poche. J'introduisis la lame dans la serrure et ... clic! La porte
s'ouvrit .
Je vis les quatre femmes assises sur des chaises ligotées et bâillonnées. Je
me précipitai pour les délivrer. Je m'agenouillai pour défaire les liens de
la mère Muzard.
C'est dans cette position que l'homme me surprit. Il me sauta dessus et déchira
mon imperméable. Je voulu lui donner un coup de poing mais sa main arrêta la
mienne. J'étais dans de mauvais draps. Heureusement, Totor arriva à la
rescousse et lui mordit le mollet. J'en profitai pour lui envoyer un coup de
poing dans le menton, suivi d'un coup de boule. Il en tomba à la renverse et
j'en profitai pour lui expédier un coup de pied en plein milieu de son visage
masqué.
Je me jetai sur lui et l'immobilisai. Je le ficelai à un poteau avec les cordes
qui avaient servie aux dames. Chacun son tour ! Puis j'enlevais a cagoule :
j'avais raison, c'était bien Marc Lesonneur, le directeur de l'hôtel.
Quelques instants plus tard, Lesonneur se
réveilla et demanda :
- Qu'est-ce qui s e passe ? Pourquoi suis-je ligoté et pourquoi les femmes
sont-elles délivrées ?
- C'est moi , Lapoigne qui les ai délivrées. Et toi, pourquoi les avais-tu
enlevées? - Je voulais acheter cet hôtel, en devenir le propriétaire
mais je n'étais pas assez riche. Je suis allé au casino et j'ai perdu tout mon
argent et même plus. J'ai dû emprunter une grosse somme d'argent dans la
caisse de l'hôtel. Ensuite, il fallait que je trouve un moyen de remettre tout
l'argent dans la caisse avant d'être découvert. J'ai donc pensé kidnapper de
riches clientes, celles qui ont des bijoux précieux afin de demander une
rançon. Vous êtes l'homme le plus affreux du monde, dit madame Muzard.
EPILOGUE
De retour à Paris, je me précipitai dans la
loge de Madame Muzard et lui dis :
- Je me demande vraiment pourquoi vous avez été enlevée, vous qui
n'avez pas de fortune.
- Sûrement à cause de mon physique, répliqua-t-elle.
- Pas sûr... répondis-je en retenant le rire énorme qui me montait à la
gorge.
Totor, moins poli, était les " quatre fers en l'air " et lâchait un
feu d'artifice de ses meilleures flatulences.
- Ou alors, continua-t-elle un peu vexée, c'est à cause du nom de mon ancêtre
que j'ai inscrit sur le registre.
- mais c'est bien sûr, madame la Duchesse Muzard de Salsempouille, Lesonneur a
dû vous prendre pour une châtelaine fortunée ! dis-je en faisant une
révérence.
Pour fêter tout cela, nous débouchâmes une bouteille de gros rouge.
" Je vais préparer une salade ... niçoise à ma façon pour accompagner
ce doux breuvage. Mais... Où êtes-vous donc ? "
Où étions-nous ? Cachés le plus loin possible pour ne pas avoir à mettre nos
estomacs à si rude épreuve !
Évidemment, je n'avais pas oublié d'emporter le vin !
