Les moules margaritifères

 

L'année dernière, nous avons étudié "l'émeraude des Garamantes"un livre de Théodore Monod. Nous avons illustré des extraits uniquement d'après le texte. Comme nous aimions bien ses idées et ses recherches qui rejoignent le projet de l'école, nous lui avons demandé d'associer son nom à celui de notre école.

 

Quand il nous a répondu en nous disant oui, il nous a posé cette question : "Saviez-vous que les moules de Billiers ont été longtemps célébres pour leurs perles ?" Comme nous ne le savions pas, nous avons fait un questionnaire pour les pécheurs et les personnes agées de Billiers.

Ils nous ont répondu qu'ils n'avaient jamais trouvé de perle, mais que jusque dans les années 50, on élevait les moules en éparpillant du naissain sur la vase des étiers.

Notre hypothèse était que des grains de sables ou des débris de coquillages entraient dans les moules et qu'elles se protégaient en les entourant de nacre. Nous avons écrit à IFREMER qui nous a répondu qu'ils pensaient que cette hypothèse était pertinente, mais qu'ils n'en étaient pas sûrs.

Théodore Monod nous a réécrit en nous envoyant un article de 1923 dont il se souvenait. Dans cet article, on nous dit que ce n'étaient pas des grains de sable ou des débris de coquillages mais des larves de Gymnophallus qui entraient dans les moules.

larve de Gymnophallus au stade Metacercaria .
Figure extraite du Compte-Rendu Académie des Sciences, t.176, n°20, pp. 1427-1429

Nous allons mettre des moules dans la vase et nous allons les disséquer pour savoir si les larves ont disparu à cause de la pollution ou si elles n'atteignent plus les moules élevées sur des pieux et hors de l'étier.

 

J'aimerais bien trouver une perle.

Charlotte, novembre 1995

 

 

Visite et dissection avec Théodore Monod

 

Théodore Monod et venu nous voir en avril 1996.

Nous lui avons posé des questions sur l'Afrique et il nous a raconté ses expéditions. C'est son fils Cyrille qui lui répétait les questions car il entend moins bien.

Ensuite, il a visité avec nous nos expositions sur l'environnement littoral et marin de Billiers.

Et puis, après un petit café, nous avons disséqué ensemble des moules de Pen Lan. Nous n'avons pas trouvé de perles, mais un petit crustacé du genre Nummulite .

C'était formidable, et nous allons continuer.

 

Recherche expérimentale du mois de décembre 96 :

 

Nous avons préparé deux récoltes sur les rochers :

a. Moules ramassées dans la partie ouest de la plage de Pen-Lan.
b. Moules ramassées dans la partie sud-est de la plage de Pen-Lan.
 

Nous avons fait cuire les moules dans des casseroles.

 

Nous avons filtré le jus des moules dans des filtres à café pour enlever le jus et garder les parasites ou les perles.

 

Nous avons regardé l'extrait-sec au microscope.

Mais nous n'avons trouvé ni perle, ni parasite... Nous recommencerons en février, en changeant de point de récolte.

 

 

Recherche de février 1997

Moules de l'étier de Billiers, ramassées en bordure du port, sans trace de perle ni de parasite...

Nous recommencerons au printemps en cherchant les plus vieilles moules possibles.

 

Recherche de juin 1997

Moules de l'étier de Billiers, ramassées en fond de l'étier sur la vase, deux moules au moins sur cinq étaient vieilles et fixées depuis longtemps sur des débris à la surface de la vase...

Résultat : pas de perle, mais un pinnothère femelle avec ses oeufs orangés. (c'est un crabe minuscule qui vit à l'intérieur des moules sans qu'elles semblent être génées.)

le voici vu par en dessous:

Nous recommencerons à l'automne en cherchant les plus vieilles moules possibles sur les rochers vaseux de la sortie du port.

 

 

Recherche d'avril 1998

 

Plus d'un litre de moules recueillies sur les rochers à la sortie de l'étier de Billiers (petite anse nord-ouest de Pen-Lan), les plus grosses donc les plus vieilles (2 à 4 ans ?) ... nous avons trouvé 5 pinnothères dans l'extrait sec, mais toujours pas de perles !

 

 

 

Recherche de Novembre 1998 :

 

Nous sommes allés lancer des moules sur la vase de l'étier comme le faisaient les Billiotins avant 1950, pour voir si elles feront des perles : le parasite vit peut-être seulement à cet endroit.

Nous irons les chercher à la fin de l'année scolaire pour vérifier si elles ont fait des perles...

 

C'est encore raté... Pas de perles ! Il faudra recommencer...

 
 
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Compte-Rendu Académie des Sciences, t.176, n°20, pp. 1427-1429, 1 fig.

 

SEANCE DU 14 MAI 1923.

 

 

BIOLOGIE, -- Le Trématode des perles de nacre des moules de Provence.

Note (1) de M. Robert Dollfus, présentée par M. F. Mesnil.

 

Chez les Mytilus galloprovincialis Lmck. de quelques points du littoral de Provence : Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), Tamaris-sur-Mer (Var), Raphaël Dubois a signalé la présence de petites perles de nacre produites par la réaction du mollusque vis-à-vis des larves de Distome qui, ayant pénétré entre le manteau et la coquille, s'étaient établies, isolées ou par groupes de deux à sept, dans des invaginations du manteau ou des logettes tapissées d'épithélium palléal. Le mode de formation de ces productions perlières a été étudié chez divers lamellibranches de nos côtes, dès 1897, par Alfred Giard et ensuite par Raphaël Dubois, Lyster, Jameson, etc.

La question qui nous occupe aujourd'hui est celle de l'identification de la larve margaritigène de Distome des Mytilus de Provence.

Raphaël Dubois (1903) (2), annonçant la decouverte de ce parasite, fut d'abord d'avis qu'il n'était pas identique à celui connu chez les mytilus edulis L. de Billiers (Morbiban). Un peu plus tard, cependant, Raphaël Dubois (l907) (3), sur l'avis de son collègue Jules Guiart, modifia son opinion première et admit que la larve de Distome des moules de Provence appartenait à la même espèce que celle des moules de Billiers Gymnophallus Margaritarum (R. Dubois), 1901. Nous avons reçu de R. Dubois quelques préparations de la larve margaritigène trouvée par lui "inter pallium et conchas" des M. galloprovincialis Lamck.; il nous a été facile de nous rendre compte que cette larve est nettement différente de celle des M. edulis L. de Billiers décrite si exactement par Lyster Jameson (1902); c'est une forme nouvelle n'ayant encore été ni décrite ni nommée, toutefois nous l'avons reconnue dans une figure de larve en voie d'englobement par le calcaire figurée par R. Dubois (1909, p. 59, fig 10) (3); nous proposons de la désigner sous le nom de Metacercaria (Gymnophallus) Duboisi, n. sp.

 

(1) Séance du 7 mai 1923.

(2) Comptes rendus, t. 136. 1903. p. 179.

(3) Annales de l'Université de Lyon; nouvelle série. 1. Sciences et Médecine, fasc. 29, p. 66.

 

...

 

1428 ACADEMIE DES SCIENCES.

 

Larve de Gymnophallus, au stade Metacercaria (1), à contour régulièrement ellipsoïdal, longue de 0,23 mm, à O,27mm, large de 0,12mm, à 0,17mm, environ, à cuticule finement spiculée; ventouse antérieure grande, occupant le quart antérieur de la longueur du corps, prepharynx absent; pharynx globuleux dont le diamètre atteint ou dépasse peu le tiers du diamètre de la ventouse orale; oesophage court, se bifurquant presque exactement au premier tiers de la longueur du corps; caeca intestinaux très volumineux, ellipsoïdaux, occupant tout le tiers moyen du corps et débordant dans le tiers anterieur, presque contigus dans le plan médio-sagittal; ventouse ventrale petite, son diamètre est compris environ deux fois ou un peu moins dans celui de la ventouse orale, son centre est à la limite du tiers moyen et du tiers postérieur de la longueur du corps et un peu au-dessous; vessie en forme de Iyre, dont la partie basale

cf plus haut : Fig._Metacercaria (Gymnophallus) Duboisi. n. sp. (in toto).

occupe le quart postérieur du corps, donnant naissance de chaque côté à une branche qui s'étend antérieurement jusqu'au delà du centre de la ventouse orale, débordant latéralement les caeca intestinaux; ébauches génitales développées, quelquefois bien distinctes et comprenant : une paire de testicules ellipsoïdaux, latéraux, symétriques, un peu en arrière du niveau du centre ou du bord postérieur de la ventouse ventrale;

 

(1) Chez les Gymnophallus, le passage du stade Cercaria au stade Metacercaria n'est jamais accompagné de la sécrétion d'un kyste par la larve.

 

...

 

1429

SÉANCE DU 14 MAI 1923

ovaire globuleux, latéral, entre le testicule droit et la base du caecum intestinal droit; vésicule séminale volumineuse entre la ventouse centrale et le testicule gauche; atrium génital tubuleux, grand, contourné; emplacement du futur pore génital médian sur le bord antérieur de la ventouse ventrale; ébauche de l'utérus, sinueuse, médiane, en arrière du pore génital.

L'adulte correspondant est à rechercher chez Ies Oiseaux mangeurs de moules en Provence.

Metacercaria (Gymnophallus) Duboisi nob. est extrêmement voisin d'Adolescaria perla Sinitzine ( 1911) (1), des Mytillus edulis L. et Venus (sp. ?) de la mer Noire. Cette métacercaire est elle-même peu différente d'une metacercaire, également margaritigene, que nous avons observée par nids de plusieurs individus "inter pallium et conchas" chez les Tapes pullaster Montagu de Saint-Vaast-la-Hougue (Manche). La métacercaire des moules de la mer Noire et celle des Tapes de Saint-Vaast sont d'abord entourées d'une enveloppe gélatineuse transparente (apparemment secrétée par le parasite), qui s'imprègne peu à peu de calcaire. Le processus de calcification aboutit à la formation d'une sorte de "calcosphérite", au centre de laquelle dégénère bientôt la larve emprisonnée.

Sinitzine ne signale pas son Adolescaria perla entre le manteau et la coquille, mais dans différents organes et surtout à la base des lamelles branchiales; la vésicule gelatineuse renfermant le parasite peut donc s'imprégner de calcaire ailleurs qu'au contact direct de l'épithélium palléal, mais il est toujours permis de supposer que le parasite a entraîné avec lui quelques cellules épithéliales qui, en se multipliant dans les tissus, ont donné naissance au sac perlier.

 

(1) Mém. Acad. imp. Sciences Saint Pétersbourg, 8e série, Classe physico-mathématique, vol. 30, n°5 (voir p.38-39, 90, 126, pl. V, fig. 80-81).

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